27/04/2012

Linda Bastide : "J'ai dormi avec Cary Grant"

« Il disait que j'étais la seule starlette qui n'ameutait pas les paparazzi pour être pris en photo avec lui quand nous étions ensemble, notamment avec Audrey Hepburn qui ne trouvait pas de chaussures à sa pointure, du 43 ». C'est ainsi que Linda la conduit chez Repetto qui avait créé pour Bardot ses fameuses ballerines. « Un soir, Cary me téléphone : Linda au secours ! Je vais mourir ! Il avait loué un appartement boulevard Saint-Germain. Je le trouve au lit, malade. J'appelle un médecin, je cours à la pharmacie. Il me supplie : je ne veux pas rester seul. Je m'allonge à côté de lui sur le lit. Le cinéma n'est pas fait pour moi, ça me rend malheureux, se plaint-il. Je portais un petit tailleur noir, tricoté ma grand-mère. J'étais quand même inquiète. Le lendemain matin, je me suis réveillée, Cary Grant à mes côtés ».

Linda Bastide, son étoile brille toujours

OBJ3062586_1_low.jpgElle aurait pu être une seconde Bardot, tant elle partageait à l'écran avec B.B. des traits de caractère communs, la candeur, la simplicité des jeunes filles dans le cinéma des années cinquante, celui de la « qualité française » pour employer un terme cher à François Truffaut, quand le cinéma était aussi la première distraction des Français. Elles furent toutes deux des starlettes, alors que ce diminutif ne veut aujourd'hui plus rien dire, sauf à Cannes, dix jours par an, comme on s'accroche à un vieux mythe. Brigitte sortait du Conservatoire, Linda de l'Education nationale. Elle fut même la plus jeune institutrice de France.
« Je n'avais aucune autorité sur mes élèves », explique dans la presse de l'époque, la jeune maîtresse de l'école communale de Bouisse dans l'Aude. De la même génération que ses potaches, j'eus sans doute été amoureux de la belle Linda, trop belle d'ailleurs pour qu'elle restât plus longtemps inconnue des salles obscures. A l'écran, elle fut Linda Vandal. Une fille native de Narbonne, à l'accent de la Clape, et aux longs cheveux dorés au soleil des Hautes-Corbières. En 1959, le cinéma s'étoffe d'une rivale pour Belinda Lee, beauté du Devon qui fait une carrière intense notamment dans le péplum italien, avant de perdre la vie sur une route de Californie à l'âge de 25 ans.
Le film qui réunit Linda et Belinda, s'appelle « I Magliori », il est réalisé par un ancien assistant de Luchino Visconti. Deux ans avant « Salvatore Giuliano » qui va l'imposer dans le cinéma politico-policier italien, Franceso Rosi s'exile à Hambourg pour y diriger Renato Salvatori, Alberto Sordi, Belinda Lee et Linda Vandal dans une histoire de travailleur immigré italien en Allemagne. Dans un article qui lui est consacré en mai de cette année-là, en tant que « rivale » de Belinda Lee, Linda Vandal explique que « c'est par le plus grand des hasards que j'ai obtenu ce rôle-vedette. J'avais écrit un recueil de poèmes, « A cloche cœur », qui a obtenu le prix des Muses et un producteur italien de passage à Paris assistait au cocktail donné par l'éditeur ». C'est par un journal de cinéma que ledit éditeur avait eu connaissance de la seconde nature de Linda. « Il avait lancé ce prix dont Cécile Aubry avait été la première lauréate et moi la seconde », nous dit la poétesse.
Quand elle est à Narbonne, précise-t-elle en ambassadrice de la République de Montmartre, Linda habite le quartier qui fut celui de son enfance, « papa et maman habitaient là », et grand-mère « pas très loin, la dernière maison de la ville ». Là où il y avait « des champs, où l'on faisait des moissons », les pavillons ont poussé comme des champignons. Dans le petit salon encombré, avec aux murs ses tableaux - « des choses bizarres, mes rêves et mes cauchemars » -, Linda a sorti ses archives, au temps où elle était vedette de cinéma. « Je regarde toutes ces revues, et ça me paraît presque irréel ». Linda posait souvent en quatrième de couverture, page réservée aux jeunes beautés de l'écran.
En 1959, « I Magliori » est une étape qui va faire connaître la jeune femme jusqu'en Turquie où l'équivalent du Ciné-Revue français, ne posera aucun voile pudibond sur la Française. Elle est toujours belle, les rides en plus, les yeux rieurs, la voix chantante, chaleureuse. « Ça m'amuserait de revenir pour un rôle de grand-mère, avec plein de rides ».
Il y a un demi-siècle cette anéne, sortait à Cannes, pendant le festival, ce qu'elle considère comme son objet cinématographique préféré, « La dérive », réalisé par une Montpelliéraine qui avait engagé un héritage dans la production de ce long métrage tourné à Palavas. Linda y partageait l'affiche avec Paulette Dubost qui jouait sa mère. « C'était une femme merveilleuse », tient-elle à préciser. La disparition à l'âge de 101 ans, de l'actrice de Jean Renoir, en septembre dernier, a contribué à sceller notre rencontre et notre amitié. « Vous savez, je parle de ce qui me tient à cœur », dit-elle. L'écriture, une second peau En 1965, « Ces dames s'en mêlent » avec Eddie Constantine va contribuer à éloigner Linda des tournages. « J'écrivais de plus en plus ». En 1963 elle avait été couronnée du Prix Jean Cocteau institué par le poète. « Il est mort la même année en novembre ». C'est Pierre Marc Orlan qui lui remet ce prix. Ses amis s'appelaient René Fallet qui préfaça son premier roman, Alphonse Boudard, Antoine Blondin, André Pousse, Brassens... «J'étais tellement bien dans ma peau d'écrivain...» Et puis, si l'on en croit Ici Paris du 22 juillet 1964 (info ou pub ?), Jacqueline Vandal y déclare ne plus vouloir tourner avec un type qui se prend dans la vie pour Lemy Caution. « Nous étions là pour faire joli », autour d'Eddie Constantine. Si l'on en croit l'hebdo, le tournage fut un « véritable enfer ». C'est ainsi que Linda a changé la pose, reprit la plume. Aujourd'hui, dans sa maison d'édition de la rue Veyron à Montmartre, Linda Bastide accueille les poètes roumains tout en poursuivant le vœu de Jean Cocteau, «le cœur en espérance...».
Richard Pevny
Pour en savoir plus sur Linda Bastide : www.linda-bastide.c.la

14/04/2012

Philippe Lellouche : « Nos plus belles vacances » est sa part d'enfance

Un premier film c'est souvent comme un premier roman, on y met beaucoup de soi-même au risque de se perdre un peu dans la narration. « Nos plus belles vacances » relève de ce genre autobiographique un peu brouillon, mais au final qui soulève plus de sympathie que de critiques. C'est un film qui remonte le temps avec cette nostalgie que l'on a pour l'enfance, les années rock'n'roll, les chemises bariolées, les pantalons pattes d'eph', les pétards entre amis sous la glycine et des rêves plein la tête.
C'était l'été 1976. La canicule aidant, son frère Gilles, alias Simon dans le scénario, 12 ans, allait connaître son premier - et chaste - amour de vacances. « Nos plus belles vacances » raconte moins celles de deux gamins - Philippe et son frère Gilles le co-réalisateur d'« Infidèles » - que d'une petite bande d'adultes dans la Bretagne (encore) profonde. Le film est avant tout un hommage à leur père aujourd'hui disparu. « Il était malade. On se sent dans ce cas tellement impuissant. La seule façon de lui insuffler encore un peu de vie, c'était de raconter la sienne, explique Philippe Lellouche. Cela tombait à un moment où l'on me demandait un film. J'espère en ayant été le plus sincère possible, avoir comblé certaines maladresses techniques », ajoute-t-il». Philippe Lellouche a réuni devant sa caméra la petite bande de copains qui le suit au théâtre, et d'autres, sa femme Vanessa Demouy, Nicole Calfan, Christian Vadim, Julie Bernard, Gérard Darmon, Julie Gayet, Bruno Lochet dans un grand numéro d'idiot du village, plus le petit Solal Lellouche qui joue son propre personnage. « J'aime trop les bandes, plus on est, plus je suis heureux ». N'y manquait que le grand frère. « Nous avons été élevés dans une grande proximité mon frère et moi, raconte Philippe Lellouche. Mon frère devait jouer à ma place, mais il était trop triste pour interpréter le personnage de papa ». Néanmoins, Gilles Lellouche s'est transformé en narrateur, une voix off qui déroule la pellicule et glane la chronique d'un moment d'insouciance, qui ne reviendra pas, mais les protagonistes de cet été sur l'herbe n'en savent encore rien.
« Nos plus belles vacances » est l'histoire de trois couples de « Parisiens têtes de chiens », comme les gosses de la province chantaient les étés brûlants remplis du vacarme des cigales et de quelques autres clichés. Ils investissent la maison d'enfance d'Isabelle (Julie Gayet), l'épouse trompée de Claude (Philippe Lellouche). C'est l'été des grandes décisions, de couples qui vont peut-être se défaire ou se former sous les lampions de la fête locale. La Bretagne rurale se méfie des envahisseurs. Au café Pondemer, on toise les citadins venus de la capitale. La Bretagne est profondément catho - mais « tous les enfants s'embrassaient derrière l'église » se souvient Philippe Lellouche -, et Claude est un Juif pied-noir. Ces gens-là aiment l'argent, dit-on au café. Ils veulent acheter une maison, méfiance. Il faudra du tact, un peu de roublardise et tenir l'alcool distillé à la ferme pour se mettre les hommes du village dans la poche. Pour M. Guilois (Jackie Berroyer) c'est déjà fait, éternel amoureux de Mamie (Nicole Calfan), la fille du pays.«
« Je savais que je raconterais cette histoire un jour. J'espère défendre de jolies valeurs. Il n'y a aucun enjeu professionnel. Je sais que le succès est une chose tellement compliquée à approcher. Je serais déçu qu'il ne rencontre pas son public, mais je pourrais le comprendre. Je pense qu'il y a certains endroits où j'ai été maladroit dans la mise en scène, des scènes que j'ai ratées. Mais je serais surpris que cela ne touche pas les gens. J'en ai discuté avec Nakache et Toledano, « Intouchables » leur a totalement échappé. Même le succès peu être angoissant ».
Yvan Atall à qui il avait proposé le rôle, lui a répondu : « fais-le, c'est ton histoire ! »
« Nos plus belles vacances »est une histoire d'amitiés, de copains, comme le cinéma français sait de temps à autre en produire.« Je pense que l'amitié est une valeur masculine. Chez les femmes, je n'ai envie de voir que des qualités ». Et il cite De Gaulle : « Derrière chaque grand homme, il y a une femme ». « En tout cas, je voulais qu'on s'attache à l'histoire plus qu'à l'époque ».
« La part d'enfant qui est en moi est encore extrêmement présente »,
dit le réalisateur qui s'est imaginé avoir reçu, trente-cinq après, la carte postale qu'il avait écrite l'été de ses dix ans. L'été 76, « c'était quand même vachement mieux », avoue-t-il.
Richard Pevny
Richard Pevny