24/05/2012

Cannes, mercredi 23 mai

Le prix "foutage de gueule" au film "Post tenebras lux" du Mexicain Carlos Reygadas. C'est n'importe quoi tant au niveau du scénario que des images. Un de moins à prétendre à tout palmarès. On se demande où les sélectionneurs avaient la tête... Et ce n'est pas parce que le personnage principal revendique depuis le Mexique un attachement, qui remonte à l'enfance et à une carte postale, aux Pyrénées catalanes qui pourrait changer notre appréciation.

23/05/2012

Cannes, mardi 22 mai

AFF_web.pngL'épine dans le pied
"Le grand soir" de Benoît Delépine et Gustave Kervern est le cinquième film de ces deux fous de cinéma. Vu le nombre de gens cités au générique, il y a de l'hommage au cinoche en général dans l'air. Benoît Perolvoorde et Albert Dupontel sont les enfants déjantés de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, célèbre duo vocal des années soixante-dix. Le tout se passe dans un centre commercial. On y dénonce la société de conso, mais c'est pas nouveau, la mondialisation, la connerie. C'est "L'an 01" revisité. Ces deux-là sont les dignes héritiers des surréalistes et de Dada. Dommange qu'ils n'aillent pas au bout de leur délire, en faisant tout péter. "We are not dead" écrivent-ils avec des lettres piquées aux grandes enseignes. A la projection du matin, le tandem s'est livré à quelques provocations, comme de menancer le président du jury de "Un certain regard", Tim Roth, la section dans laquelle figurait leur film, s'il ne leur donnait pas le prix.

Carax, le retour !
Hier soir, la présentation en compétition de "Holy motors" a été très applaudie, alors que l'on aurait pu craindre de la part de la presse des manifestations hostiles. Le président du jury Nanni Moretti voulait des chocs, il est servi avec le réalisateur de "Mauvais sang" qui retrouve son acteur fétiche Denis Lavant, celui qui contribua à couler "Les amants du Pont-Neuf". le film n'est pas toujours d'une grande lisibilité, mais par contre fait montre d'une inventivité dans la mise en scène. Comme il est dit dans le film, la beauté nexiste que dans l'oeil de celui qui regarde. On y rend hommage à Jules Marey, le premier créateur d'images animées, à la comédie musicale avec Kylie Minogue, "corps d'elfe", voix magnifique et encore l'adjectif est pauvre. Hommage à Franju, au 7e art en général. Sa présence au palmarès serait une belle surprise.

22/05/2012

Cannes, lundi 21 mai

AFF_web.pngDifficile de tenir son petit blog quotidien entre les projections, quatre par jour en moyenne, les deux conférences de presse sur les films de la compétition, le temps pour écrire, pour se restaurer, dormir, très peu, et faire la fête. C'était le cas lundi soir, sur l'une des plages privées de la Croisette, pour la Semaine de la Critique. Sortant à minuit du film de l'Argentin Pablo Tropero, "Elépant blanc", dont l'action se déroule dans un bidonville, le buffet avait été pillé, ne restait plus que de la vodka et de la bière. En rentrant vers 2 heures, je n'ai pas eu le courage d'écrire tout le mal que je pensais du dernier film d'Abbas Kiarostami, "Like someone in love", tourné à Tokyo. De belles choses dans le mouvement, comme toujours, mais aucune émotion pour l'histoire racontée, somme toute assez banale et inintéressante. Filmer en Iran excitait l'imagination créatrice de Kiarostami. Depuis "Copie conforme", pour lequel Juliette Binoche a obtenu le prix d'interprétation à Cannes en 2010, le cinéaste iranien a perdu un peu de son âme son âme en quittant Téhéran.

21/05/2012

Cannes, dimanche 20 mai

AFF_web.pngScène de chasse eu Danemark
Dans "La chasse" du Danois Thomas Winterberg (réalisateur de "Festen" en 1998), le spectateur est pris en otage par le propos plutôt infect du cinéaste. Dans une petite ville à l'approche de Noël, Lucas est un professeur divorcé, qui a perdu son travail à la suite de la fermeture d'un collège et désormais employé par le jardin d'enfant. Il y est devenu la coqueluche des gamins, particulièrement de Klara, la petite fille de son meilleur ami. Un jour, Klara qui s'est sentie rejetée par Lucas après lui avoir manifesté une tendresse excessive, dit à la directrice au milieu d'une conversation que ce dernier lui a montré son zizi. A partir de cet instant, la vie de Lucas suit une spirale infernale. Réunissant les parents d'élèves, la directrice envenime les propos de Klara, invente plusieurs attouchements, sur d'autres élèves. La police est prévenue, met Lucas en garde à vue, puis le libère. Mais le mal est fait et Lucas devient la bête à abattre dans cette petite communauté de chasseurs, en apparence unie. D'autant que Lucas se défend mollement, n'appelle pas d'avocat... On pe bse bien sûr à "Scènes de chasse en Bavière" de Peter Fleishman. Le spectateur sait bien que Lucas est innocent, mais ne peut rien faire face à la démonstration du réalisateur. Un film facho à vomir.

Charlotte et Peter
Vu l'adaptaiton par Sylvie Verheyde de "Confession d'un enfant du siècle" de Musset. Mise en scène plate - de la télé filmée en scope -, omniprésence de la voix of récitant le texte. Quant aux acteurs, Peter Doherty est fade, mou, sans grâce, ni consistance, donnant l'impression d'avoir fumé un pétard, Charlotte Gainsbourg, mal filmée, fagotée dans des robes taillées dans des rideaux, le visage terne... A oublier.

20/05/2012

Cannes, samedi 19 mai

Vu ce soir le premier long métrage de Brandon Cronenberg, le fils du réalisateur de "Dead zone" et de "Crash". D'ailleurs son père etait dans la salle tout comme Tim Roth. Brandon est le digne fils de David. L'histoire est celle d'un technicien d'une clinique spécialisée dans la vente à des fans de virus cultivés dans le corps de people. Syd vole le virus d'une célèbre star en se l'innoculant pour pouvoir le revendre à la concurrence. Mais bien entendu rien ne se passe comme prévu... Il faut aimer, c'est une question de goût.
Richard Pevny

18/05/2012

Cannes, vendredi 18 mai

AFF_web.pngMadagascar ou Kenya ? Le cinéma joue l'exotisme dans la programmation. Le Kenya est le lieu de villégiature de «sugar mammas», ces Européennes qui viennent passer leurs vacances dans des complexes hôteliers en bord de plage. Entre deux bronzettes, elles s’adonnent à la pratique du sexe contre argent qui vaut nourriture pour les jeunes Noirs qui servent de sparring-partners. Ulrich Seidi, le réalisateur de «Paradise: amour», premier long métrage d’une trilogie à venir, étant autrichien, ses héroïnes en surpoids le sont aussi. C’est un grand film, un peu désespérant sur la nature humaine, avec de jolis plans de nus qui renvoient aux tableaux très en chair du peintre François Boucher.
«Madagascar», troisième du nom, film d’animation des studios DreamWorks, une parenthèse enchantée et en 3D, inscrit dans la sélection, sans doute pour son casting de voix anglaises (Ben Stiller, Chris Rock, Martin Short...) que françaises (José Garcia, Anthony Kavanagh, Jean-Paul Rouve...). Cela fait une jolie montée des marches pour ce zoo en folie. Il y avait dans le Théâtre Lumière plus d’enfants que de journalistes pour ce long métrage qui sort le 6 juin. C’est toujours aussi plaisant, même si le concept montre ses limites.
Richard Pevny

17/05/2012

Cannes, jeudi 17 mai

AFF_web.png"De rouille et d'os" le sixième long métrage de Jacques Audiard, m'a rendu particulièrement heureux. Heureux de savoir qu'un réalisateur français - lui-même se qualifie de prototype de la cinéphilie française - poursuit méthodiquement une oeuvre, comme le sculpteur sa composition. Il ne le fait pas avec un ciseau, mais avec sa caméra numérique, lui qui avoue en conférence de presse ne rien connaître à la technique. L'avancée dans le domaine des effets spéciaux lui permet d'amputer Marion Cotillard de ses deux jambes. C'est quand même unoui, mais l'on se souvient qu'Orson Welles avait taillé dans l'abondante chevelure de Rita Hayworth - la Gilda de légende - pour son film "La dame de Shanghaï". Voilà un film français important, ne boudons pas notre plaisir.
Les deux films quotidiens de la compétition sont montrés aux journalistes, l'un la veille à 19h, l'autre le matin même à 8h30. Hier soir, nous avons donc vu le quatrième film de cette compétition, "Paradise : Amour" qui raconte parfois sur un mode humoristique, d'autres fois plus tragique, le tourisme sexuel auquel s'adonnent des Autrichiennes d'un âge mûr au Kenya. Cela ressemble dans la forme au film de Laurent Cantet "Vers le Sud" qui racontait le séjour en Haïti de quelques françaises en quête de sensations fortes. Contre un peu de sexe et et beaucoup de mensonges, de jeunes Africains sveltes et à la sexualité épanouie, apportent un peu d'amour à des femmes sans grâce à l'embonpoint désarmant. La chair n'est pas seulement triste, elle est flasque...
Richard Pevny

16/05/2012

Cannes mercredi 16 mai

AFF_web.pngRejoindre Cannes semblait une tâche difficile toute la journée d'hier. En train s'entend. Deux incidents complètement étrangers l'un à l'autre ont coupé la voie ferrée vers la Croisette durant plusieurs heures. Arrivés dans la cité des stars (pour quelques jours), les naufragés du rail - restons calmes, la clim et l'électricité n'ont jamais été coupées et la jeune fille qui pousse sa voiture ambulante d'un bout à l'autre du Corail, a réalisé sa meilleure recette - à peine arrivés en gare, n'étaient pas au bout de leur peine : rejoindre dans une cohue indescriptible qui, son hôtel, son appart son studio, sa colocation, puis pour les accrédités au festival, ils devaient aller cueillir le précieux sésame (couleur blanche pour les soirées sur les marches, rose, bleu, jaune, en ordre décroissant, qui montre que quel que soit sa conscience politique, on se fait très vite aux privilèges pour peu que l'on en soit le bénéficiaire). A 19 heures, projection du deuxième film de la compétition, "Après la bataille" de l'Egyptien Yousry Nasrallah, réalisateur du brillant "Femmes du Caire" en 2009. "Après la bataille" évoque un épisode de la place Tahrir mêlant fiction et images réelles. Son côté documentaire d'actualité a sans doute valu à ce film, parfois très brouillon, d'être versé dans la compétition.
Richard Pevny

Tapis rouge pour des stars et des films

Marilyn n’a jamais mis les pieds à Cannes. Elle n’a pas illuminé la Croisette de son regard. Et pourtant, ce soir en montant les célèbres marches du Palais des festivals, les stars du cinéma mondial invitées pour l’ouverture, n’auront d’yeux, pour peu qu’ils les lèvent sur le bâtiment, que pour celle dont le nom est synonyme de sex symbol, même cinquante ans après sa mort terrestre, mais pas sa disparition, toujours aussi présente dans l’édition notamment, j’allais ajouter le glamour, comme si la séduction, la sensualité se réincarnaient d’abord en Marilyn Monroe. La voilà qui s’approprie par l’image un festival où elle eut sans doute brillé.
Passée la soirée d’ouverture, où grands couturiers et bijoutiers de la place Vendôme transformeront le tapis rouge en podium de «fashion week», dès demain, ce tapis rouge sera livré aux cinéastes reconnus ou en passe de l’être, pour dix jours de compétition. Des célébrités comme de tous ceux qui viennent ici tenter d’inscrire durablement leur nom dans l’asphalte de la Croisette.
Une compétition qui démarre ce soir avec «Moonrise Kingdom» du réalisateur américain Wes Anderson pour la première fois en compétition, avec son casting idéal pour une montée des marches: Bill Murray, Edward Norton, Bruce Willis, Tilda Swinton, Frances McDormand (épouse Coen).
Dès demain matin à l’heure du petit-déjeuner (8h 30) pour certains, c’est l’un des films les plus attendus que verront les journalistes: «De rouille et d’os» de Jacques Audiard - Grand prix du jury en 2009 pour «Un prophète» - avec une Marion Cotillard inattendue, dans une histoire d’amour contemporaine.
Autres morceaux de choix ce premier week-end, «Reality» de Matteo Garrone, Palme d’or en 2008 pour «Gomorra»; «Amour» de Michael Haneke avec Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant qui signe son grand retour après s’être peu à peu éloigné des tournages; «Vous n’avez encore rien vu» de nonagénaire Alain Resnais, sans doute son testament cinématographique, encore que...
Ken Loach, un habitué de la compétition, présent en 2010 pour «Looking for Éric» avec le dissipé Cantona, Walter Salles et son adaptation de «Sur la route» de Kerouac, avec Kirsten Dunst (prix d’interprétation l’an dernier pour «Melancholia» de Lars Von Trier), David Cronenberg («Cosmopolis» avec Juliette Binoche et Mathieu Amalric), Léos Carax («Holy motors» avec Eva Mendes) ou Abbas Kiarostami feront également partie de ce voyage.
«Cannes reste le lieu où il faut être quand on s’occupe de cinéma», a dit le délégué général Thierry Frémaux. C’est ainsi qu’entre l’Egyptien Yousry Nasrallah dont le dernier film en compétition «Après la bataille» parle des événements du Caire, et Sandrine Bonnaire réalisatrice de "J’enrage de son absence», l’on pourra voir le troisième épisode du film d’animation «Madagascar». Une parenthèse souriante. Il est vrai que Cannes est le lieu où l’on vient débattre de la planète: Bernard-Henri Lévy pour «Le serment de Tobrouk» documentaire sur la guerre en Libye, ou Sean Penn qui a choisi cette tribune exceptionnelle pour venir parler d’Haïti.
Au soir du 27 mai, le dernier mot reviendra au jury coaché par le cinéaste italien Nanni Moretti, un cinéphile averti qui a déjà prévenu qu’il voulait être «surpris».
Richard Pevny