14/09/2012

La RKO, première main de l'usine à rêves

What price Hollywood © DR.jpgRKOlogo.jpgVisuel à plat What Price Hollywwod.jpgDe la fin des années vingt au milieu des années cinquante, période considérée comme l'âge d'or des studios, ces derniers au nombre de cinq (MGM, Paramount, 20th Century Fox et Columbia) durent partager le pouvoir, celui de l'imagination, avec la RKO. Cette dernière née en 1928, juste avant la dépression, fut créée entre autre par la RCA (Radio Corporation of America) pour exploiter son propre brevet d'enregistrement et de reproduction sonore le Photophone, et Joseph Kennedy - le papa de JFK - propriétaire d'un studio au cœur même d'Hollywood.
Ainsi, la RKO, avec son sigle autant visuel que sonore, va devenir pour les autres studios qui avaient depuis les débuts du muet pignon sur rue à Hollywood, un véritable concurrent, dans plusieurs domaines, notamment le musical. La RKO lancera le tandem Fred Astaire-Ginger Rogers qui se déploiera aérien dans neuf comédies musicales auxdécors art déco. Le western bénéficiera de l'apport d'un John Ford dans deux de ses chefs-d'œuvre, « Le massacre à Fort Apache » et « La charge héroïque » et son magnifique technicolor, tous deux avec John Wayne, dans les paysages forcément sublimes de Monument Valley que Ford inscrit dans l'épopée westernienne.
Le film fantastique et d'aventure (« La féline » de Jacques Tourneur ou « King Kong »), le film noir, un genre assimilé souvent à la série B qui alimentait les doubles programmes des salles, et dans lequel s'illustreront notamment Robert Mitchum, Robert Ryan complèteront la large palette de la RKO.
Côté comédie, une fois n'est pas coutume, Alfred Hitchcock, avec « M et Mme Smith » apportera sa touche de comédie, tout comme George Cukor, Gregory La Cava ou Howard Hawks. On fera de la sophistiquée Katharine Hepburn, repérée à Broadway, l'équivalent d'une Garbo à la MGM ou d'une Dietrich à la Paramount, avec plus ou moins de bonheur, l'actrice étant cataloguée de « poison du box-office » par les exploitants de cinéma. Ainsi, « L'impossible Monsieur bébé » avec Cary Grant, un bide en salles, deviendra-t-il avec le temps un film culte...
La liste des réalisateurs raconte à elle seule une Histoire du cinéma américain, à commencer par Orson Welles qui réalisera à la RKO deux de ses chefs-d'œuvre, « Citizen Kane » et « La splendeur des Amberson ». Après la guerre, le studio passant de mains en mains, Howard Hughes, ingénieur talentueux et milliardaire excentrique, finira par couler le studio avec ses extravagances et son goût pour les jolies starlettes dont il rêvait de faire des stars.
Il reste de cette aventure un extraordinaire catalogue que les Editions Montparnasse ont entrepris, il y a neuf ans, de rééditer : 130 films ont déjà paru sous jaquette bleu ciel (1). Parmi les derniers, un polar d'Anthony Mann (« Two o'clock courage »), et une comédie dramatique, « What price Hollywood », avec Constance Bennett et Lowell Sherman, inspirée d'une histoire vraie, version avec quatre-vingts ans d'avance de « The Artist » de Michel Hazanavicius. Le film est réalisé par George Cukor qui lui donnera une brillante suite avec « Une étoile est née ».
Un studio atypique, des « films qui ressemblaient énormément à leurs auteurs », selon le réalisateur Bertrand Tavernier, on en trouve pas mal dans la liste de films cités par Francis Dannemark dans son nouveau roman, « La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis », sorte de cercle des cinéphiles inconsolables (2).
Richard Pevny
(1) Editions Montparnasse. 10 euros le DVD.
(2° Editions Robert Laffont.

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15/05/2012

A la Une du New York Times : une plongée au cœur de la crise de la presse

En s'intéressant de l'intérieur à un grand quotidien plus que centenaire, une institution de la presse américaine, que l'ancien président Richard Nixon aurait souhaité voir disparaître, tout comme le magnat australien Ruppert Murdoch qui n'a pas pu l'inscrire à son tableau de chasse, Andrew Rossi dresse le constat, pas très encourageant, de la situation de la presse outre-Atlantique, à l'heure des réseaux, des blogs, de WikiLeaks, de tous ceux qui diffusent en temps réel sur le réseau internet une information pas toujours vérifiée ou vérifiable. reste qu'il y a aussi de très bons papiers de journalistes en ligne.
Le modèle économique de la presse écrite est sans doute, en partie, en train de disparaître. Cette dernière vit une importante mutation, comme celle qui a touché le cinéma à partir du milieu des années cinquante avec l'introduction dans les foyers américains de la télévision. Le cinéma s'est démarqué du petit écran, il s'est aussi transformé technologiquement, il s'est amélioré sur le plan de la qualité.
« Et si le Times coulait ? » La question mérite d'être posée, même si, quel que soit dans l'avenir le support, il faudra toujours des journalistes, un peu plus pro que les autres, un journalisme d'investigation plus que de rumeurs. La presse papier veut vendre du papier, la presse en ligne, des connexions.
Cent blogueurs qui se parlent en ligne, cela ne donnent pas un reportage sur la guerre, dit quelque part le spécialiste des médias au NYT, David Carr. Pour David Ellesbury, produire de l'info aujourd'hui coûte moins cher, on la partage autrement. Le journal traditionnel est en train de mourir, pas l'info. On s'encourage comme on peu...
R.P.
Studio Canal. 19,99 euros.

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14/04/2012

Michel Petrucciani l'autodidacte du jazz

Quel étrange bonhomme ! On est entièrement absorbé par ses mains. Il est vrai que la caméra ne s'en prive pas, elle-même fascinée par les doigts qui courent sur le clavier, Michel Petrucciani opérant avec son corps des mouvements de balancier qui lui permettent d'atteindre des aigus insoupçonnés, alors que tout dans ce corps trop petit pour le Steinway lui en interdirait l'accès.Michel Petrucciani était un grand pianiste de petite taille (99 cm), c'est ce à quoi tend ce documentaire qui lui est consacré, qui célèbre le pianiste virtuose, mais aussi nous donne accès à la part intime de l'homme.
Fils d'un jazzman qui avait monté le Tony Petrucciani trio, Michel a baigné dans cette ambiance bien particulière du jazz, lui qui était né avec une malformation qui lui donnait peu d'espoir de survie. Enfant quand d'autres jouaient au foot, Michel passait de dix à douze heures à son piano. Dans le magasin de musique du père, il y avait de quoi. Des années plus tard, un soir, il remplace au pied levé un pianiste dans un concert avec le trompettiste Clark Terry, subjugué qu'un être aussi petit, puisse donner de tels accords. La légende est en marche... Elle atteindra même les Etats-Unis où Michel fera son parcours obligé de la côte californienne à New York. Il y rencontre ses premiers amours.
« C'était un amant généreux », dit sa première compagne, une indienne rencontrée à Big Sur. Il avait 18 ans. Il rêvait de marcher sur la plage, une femme à ses côtés. « Je suis différent je sais . Je joue une autre musique. Et tout va bien », répondait Michel Petrucciani à ceux qui s'étonnaient. « Son jeu était incendiaire » dit un batteur. Le secret Petrucciani c'était sa main droite extraordinaire, rapide, liée à son handicap. Il y a donc un toucher Petrucciani comme il y a un toucher Herbie Hancock, Chick Corea ou Bill Evans.
Pour le réalisateur britannique qui ne l'a jamais rencontré, c'est aussi une découverte. Il nous révèle sa part d'humanité. On suit l'ascension d'un être qui avait un don particulier pour la vie, peut-être parce qu'il savait que sa vie terrestre serait courte - il est décédé à l'âge de 36 ans -, mais son talent immortel. Tous le disent : il dévorait la vie, ne perdait pas une seconde. Etre en sa compagnie était épuisant. Il donnait plus de deux cents concerts par an, maltraitait son corps, se brisait régulièrement les os du poignet, la clavicule. C'est épuisé par ce rythme qu'il est mort, début janvier 1999 à New York. « Il donnait tout ce qu'il avait sans réserve », dit Marie-Laure sa dernière compagne qui lui a donné un fils, Alexandre, atteint du même handicap.Bien sûr, ce n'était pas non plus un saint, et rappelle l'une de ses ex, il pouvait être méchant et méprisant. De plus, il avait une tendance à goûter à tous les interdits. « J'ai vécu plus longtemps que Charlie Parker, c'est déjà bien », répondait-il. Le hasard (?) a fait que sa tombe au cimetière du Père-Lachaise soit voisine de celle de Chopin.
Richard Pevny

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12/03/2011

Hollywood, Hitchcock et la RKO

Quatrième film d'Alfred Hitchcock, « Soupçons » a été réalisé pour la RKO en 1941. C'est David Selznick qui a fait venir le cinéaste britannique à Hollywood. Il y réalise « Rebecca», adapté du roman éponyme de Daphné du Maurier, avec Joan Fontaine qu'il dirigera dans « Soupçons », prêté pour ce tournage à la RKO par Selznick qui y a fait ses débuts de producteur. A propos de Hitchcock, François Truffaut écrira que le réalisateur de « La mort aux trousses » filme des scènes d'amour comme des scènes de meurtre et des scènes de meurtre comme des scènes d'amour. Quand Hitchcock tourne pour la RKO, celle-ci a un peu plus de dix années d'existence, née avec le parlant, par la volonté du PDG de la RCA d'exploiter le procédé d'enregistrement et de sonorisation qu'il vient d'inventer. Pour cela, il s'est associé avec Joseph Kennedy, le père du futur président des Etats- Unis. Kennedy qui est plus un homme d'argent qu'un mécène, entend produire des films de qualité moyenne histoire d'alimenter en bobines le parc de 700 salles qu'il a racheté.
En octobre 1931, David O. Selznick qui dans quelques années mettra en chantier (dont le fameux décor de l'incendie d'Atalanta) le chef-d'œuvre « Autant en emporte le vent » , est nommé à la tête de la production. Sous sa férule va se mettre en place une exigence artistique qui fera de la RKO, pendant deux décennies, l'un des studios les plus inventifs, s'attirant la crème des cinéastes américains, à commencer par Orson Welles qui tourne à la RKO « Citizen Kane » et «La splendeur des Amberson », mais aussi John Ford ( « La charge héroïque »), Howard Hawks ( « L'impossible M. Bébé »), Otto Preminger ( « Un si doux vicage »), Richard Fleischer, Nicolas Ray, Robert Wise, George Cukor, Raoul Walsh oui Joseph Losey.
Dans le décor des « Chasses du comte Zaroff » en 1932, la RKO tourne le fameux « King Kong » qui frappera l'imagination des spectateurs découvrant des terres lointaines et inconnues filmées en studio. La RKO va donc apporter dans les salles sa part de rêve. Katharine Hepburn, découverte à Broadway, est pour la RKO ce que Garbo est à la MGM et Dietrich à la Paramount, une créature sophistiquée et inaccessible pour le commun des mortels. Et puis il y a le tandem Ginger Rogers-Fred Astaire, un miracle d'enchainements dans des décors extrêmement soignés, des compositeurs haut de gamme, et la voix d'Astaire. Ils tournent (au sens propre et figuré) à huit reprises.
A partir de 1942, le studio se lance dans le film de guerre et le polar dont il fera une marque maison avec des acteurs comme Robert Mitchum. Sous Howard Hughes, ingénieur, aviateur, patron de la TWA et qui se pique de cinéma, le studio entame sa longue agonie. « Lessivé » par les « extravagances » de Hughes, selon Bertrand Tavernier. La RKO finira dans le giron de la télévision qui s'emparera de son catalogue et fermera le studio. C'est cette l'histoire passionnante de ce studio hollywoodien que raconte le documentaire de Philippe Saada, en complément du « Saint contre-attaque » de Robert Wise. Et vingt-quatre autres longs métrages caractéristiques de la facture sinon de l'art de ce studio atypique dans la production hollywoodienne de l'époque.
Richard Pevny
rko.jpg« Il était une fois la RKO », coffret de 25 DVD. Editions Montparnasse. 100 euros.
“Hitchcock, pièces à conviction“ de Laurent Bouzereau. Editions de La
Martinière. 176 p., 39 euros.

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25/11/2009

"Frost/Nixon" de Ron Howard

frost.jpgDans Frost/Nixon, un film qui emprunte tout à l'Histoire, le réalisateur américain Ron Howard ("Apollo 13", "DaVinci code") raconte comment l'ex-président Richard Nixon en est venu publiquement à présenter ses excuses à la nation américaine, lors d'un face à face en 1977, avec un animateur de télévision britannique, devant 45 millions d'Américains. Tout le film de Ron Howard raconte la préparation de ces interviews et ce qui en fut le point d'orgue, l'affaire du Watergate et les fameux enregistrements réalisés dans le bureau ovale dont 18 minutes furent effacées "par erreur". Nixon fut poursuivi pour abus de pouvoir et menacé de destitution par le Congrès, démissionna en août 1974, L'acteur Frank Langella joue un Nixon manipulateur à qui il emprunte les attitudes, au point que l'équipe ne l'appelait plus que "monsieur le président". Nixon qui avait toujours nié finira par lâcher : "C'était ma faute", lâchera-t-il dans la quatrième interview. "Une petite confession", dit Langella, comparée à la présidence calamiteuse de George W. Bush. "J'ai trahi notre système de gouvernement, dit-il. Et je devrai porter ce fardeau pour le restant de ma vie", avoue en 1977 Richard Nixon. En gros plan, Ron Howard montre un Nixon / Langella bouffi, ravagé par la solitude et sans doute le dégoût. Le plus ahurissant dans cette histoire est la réponse qu'il fait à l'animateur qui le questionne sur ses abus : "Je dis que quand le Président le fait, ce n'est pas illégal".

"Frost/Nixon" est un "Rocky pour intellectuels", selon Ron Howard, dans lequel tous les coups sont permis. Lassé d'être souvent envoyé dans les cordes, Nixon finit par jeter l'éponge. En bonus, nous sont proposées sept minutes de la véritable entrevue entre Frost et Nixon, ainsi qu'un sujet sur la Nixon library à Yorba Linda, lieu de naissance de l'ex-président, preuve que les Américains ont pardonné à Richard Nixon sa forfaiture en lui reconnaissant d'autres mérites.

Studio Canal. 19,99 euros.

 

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"Welcome" de Philippe Lioret

welcome.jpgJusque-là Simon était plutôt indifférent aux injustices qui frappaient les autres. Mais sa femme, bénévole dans une association qui vient en aide aux sans-papiers candidats à la traversée de la Manche, vient de le quitter. Simon partageait si peu son engagement. Et Simon se retrouve seul face au grand bassin de la piscine de Calais où cet ancien champion est maître nageur. Et voilà qu'arrive Bilal, réfugié kurde irakien. Il a parcouru 4 000 km à pied et veut apprendre à franchir les trente derniers kilomètres du bras de mer de cette nouvelle frontière mexicaine qui sépare la France de l'Angleterre. Une folie ! Simon n'est pas sourd à la détresse de Bilal mû par son désir de rejoindre à Londres sa petite amie, peut-être parce que lui-même veut par ce moyen reconquérir sa femme. Aussi, va-t-il jusqu'à héberger chez lui Bilal, tombant sous le coup du "délit de secours" pour aide aux sans-papiers, dénoncé par son propre voisin. "Welcome" de Philippe Lioret ("Je vais bien ne t'en fais pas" en 2007) évoque certains alinéas noirs de notre législation, comme si une loi pouvait stopper ce mouvement naturel qui conduit des hommes chassés de chez eux par la guerre, des régimes dictatoriaux ou la nécessité de nourrir leur famille, vers cet eldorado que sont nos sociétés d'abondance.

Reste que "Welcome", passé son aspect documentaire, est d'abord la rencontre entre un Français jusque-là sans histoire et un jeune réfugié, histoire d'une adoption qui ne dit pas son nom dans laquelle notre maître nageur trouvera une forme de paix avec lui-même.

Sa réussite, "Welcome" le doit surtout au jeu de Vincent Lindon, l'un des grands acteurs français de sa génération. Un acteur engagé qui fait de chaque rôle un pur moment de cinéma. Face à lui, Firat Ayverdi, qui n'était pas comédien, a apporté "une vérité et une intensité qui ont fait la différence", dit Philippe Lioret. En bonus, making of (26 mn), entretien avec Vincent Lindon, présentation du film au Festival de Berlin (4 mn), commentaire audio de Philippe Lioret.

R. P.

 

 

DVD et Blu-ray (Warner).

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09/03/2008

En remontant le temps de Resnais

db932cf27736822a21f0ba3147ab4576.jpgIl y a quarante ans, en mai 1968, Alain Resnais s'apprêtait à présenter au festival de Cannes son cinquième film, "Je t'aime je t'aime", quand François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Berri, Claude Lelouch, quelques autres encore, s'accrochèrent au rideau rouge du Palais des Festivals pour empêcher toute projection, signant l'arrêt de la manifestation. A Paris, la grève générale venait d'être déclarée. Le train spécial qui avait embarqué la veille des personnalités du Tout-cinéma, était immobilisé du côté de Lyon. Il repartait vers Cannes sans Resnais qui préférait rentrer sur Paris.
Claude Rich est Claude Ridder, un jeune type qui a fait une tentative de suicide. Il est mûr pour une expérience scientifique qui devrait le faire voyager dans le temps, dans son temps, un an plus tôt, pendant une minute. La machine à remonter le temps ressemble à un gros cerveau en polyuréthane. "On peut entrer dans risques de se retrouver sous Ponce Pilate ?", questionne le jeune homme.
Mais rien ne se passe comme prévu et Claude Ridder se trouve projeté dans un temps désordonné où les scènes parfois se répètent - mais sous des angles différents -, nous proposant des morceaux épars de sa vie qui finissent par constituer une histoire. Le présent fait même irruption dans le passé quand une petite souris du laboratoire trottine sur le sable devant Claude et Catrine, sa fiancée, allongés sur une plage. "Claude Ridder vous êtes fait comme un rat", dit ailleurs Claude Rich. Alain Resnais nous montre une vie sociale en morceaux, affective en désordre, le tout non exempt d'humour. Une jeune femme nue dans une baignoire posée sur un bureau apparaît à Claude Ridder, qui dialogue au téléphone avec l'horloge parlante. Le temps est l'un des éléments de ce puzzle cinématographique. « Rien n'est au présent et tout est au présent », dit Alain Resnais de ce film écrit par Jacques Sternberg, qui remonte le temps sans une ride, n'ayant rien perdu de son acuité.
En compléments, un entretien avec Claude Rich, la rencontre Resnais-Sternberg, un entretien audio avec Alain Resnais, plus un livret de 32 pages accompagnent l'édition de ce DVD (Editions Montparnasse. 20 euros).
R. P.

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04/11/2007

"Et mes films, tu les aimes mes films ?"

9218cd1d4da64e70a686e365cd8d835d.jpgEn 1992 pour l'émission "Cinéma, cinéma", Claude Ventura s'installe pour une semaine à l'Hôtel de Suède, quai Saint-Michel, dans la chambre 12 où 33 ans plus tôt Jean-Luc Godard a tourné "A bout de souffle". Il faut faire vite pour mémoriser une dernière fois l'endroit avant que n'entrent en scène les engins de démolition. La chambre est minuscule, le lit en occupe l'essentiel du volume. Il faut pratiquement l'enjamber pour aller de la porte à la fenêtre. L'équipe technique en est réduite à patienter sur le palier pendant que Godard et Raoul Coutard (à la caméra) filment le couple Jean Seberg-Belmondo.
L'été 1959, Godard tourne en quatrième vitesse et sans scénario, son premier long métrage avec la caution morale auprès du producteur Georges de Beauregard, de Claude Chabrol et François Truffaut qui a inspiré l'histoire à partir d'un fait divers piqué dans France Soir.
Godard écrit les dialogues au fur et à mesure, s'arrête parfois au bout de deux heures de tournage, ferme son cahier et annonce que c'est terminé pour la journée, il n'a plus d'idées.
"A bout de souffle" réalisé dans les rues de Paris au milieu des gens, un héritage du néo-réalisme italien, sans souci des raccords, va installer le cinéaste auprès de la profession comme un fou avec qui il ne faut pas travailler. Cette "mauvaise réputation" (dixit Belmondo qui ajoutera avoir eu la chance de faire les plus beaux films de Godard), va au contraire le servir, et quatre ans plus tard, c'est un réalisateur célèbre – les autres avaient du talent, lui du génie – qui entreprend à Capri, dans la villa de Malaparte, le tournage du "Mépris" avec une l'icône Bardot, l'actrice la plus photographiée au monde, cernée par les paparazzi perchés sur les rochers alentours (voir en bonus (1) le documentaire que leur consacre à l'époque Jacques Rozier). Elle avait été dans "Et Dieu créa la femme" celle qui avait frappé les trois coups de la Nouvelle Vague. Sa liberté de jeu fascinait la jeune critique. Avec Bardot en objet et Fritz Lang en réalisateur, plus la musique envoûtante de Georges Delerue, c'est le cinéma qui est au centre du "Mépris" et les sentiments son sujet.
Jean-Luc Godard voulait faire son film avec Brigitte Bardot. Le livre d'Alberto Moravia n'est donc qu'un prétexte à montrer l'objet de son désir. Et cette façon qu'il a de filmer Bardot, à la fois naturelle et mystérieuse, avec sa voix traînante (dans le savoureux questionnaire à Piccoli sur certains endroits intimes de sa personne), imposant un style et un ton "JLG", telle qu'on ne la filmera plus jamais ainsi.
« Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs », dit le réalisateur dès le générique (sans générique) citant André Bazin, le "père" spirituel de la Nouvelle Vague.
Des désirs et des rêves, dans une perpétuelle fuite en avant, qui se transforme en cavale tueuse. Celle de Bardot s'enfuyant avec Jack Palance dans une Alpha Romeo rouge sang. Celle de Belmondo dans "A bout de souffle" tombant sur le pavé de la rue Campagne Première ("Tu es dégueulasse", dit-il à Jean Seberg avant de mourir). Du même avec Anna Karina dans "Pierrot le fou": « Qu'est-ce qu'on fera ? demande Marianne à Fernand.
- Rien, on existera.-
Oh là là ! Ce sera pas marrant ! »
A l'hôtel de Suède, Claude Ventura appelle chez lui Jean-Luc Godard pour quelques questions sur "A bout de souffle". « Vous rêvez... » lui répond Godard, qui raccroche aussitôt.
R. P.(1)
Studio Canal réédite 7 films de Jean-Luc Godard, de 1959 à 1966, dans une présentation des Cahiers du Cinéma (16,99 euros le DVD).

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15/08/2007

John Wayne, une légende américaine

medium_wayne.jpgJohn Wayne aurait 100 ans. Né le 27 mai 1907, il a tourné dans quelque 175 longs métrages, participant à la légende de l'Ouest avec son ami John Ford. Histoire d'oublier "Les bérets verts" et son engagement à la droite des Républicains.
Gretchen Wayne a quelque chose de John. Pourtant cette femme du clan Wayne n'était que la belle-fille du "Duke", la femme de son fils aîné Michael. Mais c'est elle qui aujourd'hui fait tourner la boutique, présidente de Batjac la maison de production crée par John Wayne au tout début des années cinquante. A cette époque, nombre de stars commencaient à s'émanciper de la toute puissance des studios, il est vrai attaqués par la télévision qui commençait à vider les salles de cinéma.
C'est justement en 1950 que Gretchen - jeune étudiante dans la même classe que Tony Wayne, l'une des filles de John - rencontre la star des westerns de John Ford. Peu après, en 1953, John Wayne met en chantier le deuxième film de sa nouvelle société, "Hondo", un western tourné au Mexique en 3D, qui était considéré alors par les patrons de studios dont Jack Warner, comme le seul à même de concurrencer le petit écran. Alfred Hitchcock allait faire de même avec "Le crime était presque parfait".
Le cinéma en relief s'avéra lourd à gérer, imaginez les déplacements d'une énorme caméra dans le désert à 650 km d'El Paso... Il se révéla cher et finalement peu attractif. Le film ne fut diffusé en 3D que dans trois salles aux Etats-Unis, puis à la télévision en 1991 grâce à la distribution de lunettes.
C'est le cinéaste John Farrow, père de l'actrice Mia Farrow, qui réalisa "Hondo", sauf les séquences d'action finales qui furent réalisées par John Ford, même s'il n'apparaît pas au générique.
"Hondo" dormait dans l'humidité d'un petit local de la Batjac près de Sunset Boulevard, entre le chapeau porté par John Wayne et ses jambières de "La chevauchée fantastique", plus d'autres boîtes de négatifs, toutes des productions de la Batjac durant cette même décennie ( "Ecrit dans le ciel", "Aventure dans le grand nord", "Le grand Mclintock" (1). L'ensemble a été minutieusement restauré pour une sortie DVD et "Hondo" présenté en mai au festival de Cannes, dans son format 3D, histoire de célébrer le centième anniversaire de la naissance du Duke (27 mai 1907).
Fils d'un pharmacien de l'Iowa, Marion Michael Morrison est arrivé à l'âge de 2 ans à Glandale en Californie où les pompiers l'appelaient Big Duke parce qu'il ne se séparait jamais de son chien Little Duke. Le surnom est resté attaché à sa légende. John Wayne fait ses débuts à l'âge de 20 ans comme accessoiriste à la Fox. Il y est devenu l'ami de John Ford qui tournait ses premiers westerns muets. Il fait quelques apparitions dans "La maison du bourreau", "Maman de coeur" et "Salute", puis, John Ford le présente à Raoul Walsh qui l'engage dans "La piste des géants" où il lui donne le nom de John Wayne. Mais c'est en 1939 dans le rôle de Ringo Kid de "La chevauchée fantastique", qu'il devient une star. Wayne et Ford tourneront ensemble jusqu'en 1963 les plus beaux westerns du cinéma américain.
Cette silhouette reconnaissable, dès le premier plan de "Hondo", cette démarche familière, d'entrée vous savez que vous êtes dans un film avec John Wayne.
« Il croyait si fort au rêve américain qu'il l'avait rendu un peu vrai », écrit Pierre Achard dans le récent "Boulevard des crépuscules". Chasseur, pêcheur, buveur sec de tequila, il fumait jusqu'à six paquets de cigarettes par jour, fut trois fois marié, ne comprenait rien aux femmes et ajoutait : « je ne pense pas qu'un homme y parvienne ». Charmant avec les femmes, mais têtu comme un Irlandais, il ne craignait que Dieu. « Je sais que Dieu a le regard posé sur moi », disait-il deux semaines avant de mourir d'un cancer le 11 juin 1979, entouré de ses sept enfants et dix-sept petits-enfants.
Lui qui voulait que l'on grave, "ici repose un mauvais garçon très respecté", n'a eu droit qu'une une petite plaque de bronze le montrant à cheval en tenue de cow-boy, apposée en 1999 sur sa pierre tombale du cimetière de Newport Beach restée anonyme pendant vingt ans.

Richard Pevny

(1) Paramount. Chaque DVD accompagné de nombreux bonus.
Parution d'un coffret de 5 westerns de John Ford (La chevauchée fantastique, Le premier rebelle, L'amazone aux yeux verts, Le massacre de fort Appache et La charge héroïque), Editions Montparnasse. 40 euros.

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14/08/2007

Babel

medium_68765.jpgAu Maroc, au Japon, au Mexique, des acteurs, des techniciens, des figurants se retrouvent en cercle une rose rouge à la main, mains dans la main avec leur réalisateur. Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle secte, et la cérémonie à laquelle ils se livrent peut faire sourire dans le monde impitoyable du cinéma. Ils ne parlent pas la même langue, même si la langue de la mondialisation domine leurs échanges. Un film les réunit. Un film culte, "Babel", du nom de la tour biblique qui a divisé les hommes par la langue (Studio Canal).
Dans le désert marocain le drame se joue à l’intérieur d’un car de touristes américains. Une jeune femme (Cate Blanchett) a été touchée par une balle tirée par deux enfants, deux gardiens de chèvres avec le fusil qu’un touriste japonais a offert à leur oncle. Le car fait demi-tour vers le village le plus proche, où les autres touristes voudraient bien laisser leur compatriote blessée à la garde de son mari (Brad Pitt) et filer le plus rapidement de ce trou à terroristes. La jeune femme est soignée par le vétérinaire du coin, veillée par une vieille femme qui lui marmonne des phrases qu’elle ne comprend pas. A l’autre bout de la planète, cet accident à l’image du battement d’ailes de papillon, va avoir des conséquences inattendues pour les deux enfants du couple gardés par une nourrice mexicaine sans papier qui néanmoins décide de les amener de l’autre côté de la frontière au mariage de son fils.
"Babel" est un film sur l’incompréhension, l’incommunicabilité des êtres dans leurs vies de familles, de couples.
La tristesse dans les yeux de Cate Blanchett témoigne du drame que vit ce couple d’Américains parti en voyage pour ressouder quelque chose qui ne peut plus l’être. Le making of (90 minutes) nous montre la scène dans laquelle Alejandro Gonzalez Inarritu la bombarde à l’oreille d’images tristes pour obtenir la prise voulue, au point que la jeune femme en pleurera longtemps après. Brad Pitt en homme détruit par la mort d’un premier enfant, fait oublier qu’il est "Brad Pitt". Leurs visages reflètent les émotions des rôles, du film.
« C’est un film parlant de nos frontières intérieures, explique le réalisateur adulé de "21 grammes". Mon cinéma est une extension de ma personne, une sorte de témoignage de moi-même ».
Pris de la mise en scène à Cannes, Golden Globe à Hollywood, "Babel" est un film qui parle de nos solitudes intérieures, de nos désaccords, mésententes (entre un père japonais – celui du fusil – et son adolescente de fille muette brisés par la disparition de leur épouse et mère), nous révélant « un peu plus notre condition humaine ».
Richard Pevny
Chronique parue dans l'Indépendant le 8 août 2007.

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