16/06/2016

"La loi de la jungle" : road movie en Guyane

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"La loi de la jungle" a des faux airs de foutoir à la Jean-Pierre Mocky, ne serait-ce que parce qu'on y trouve au générique un Jean-Luc Bideau capable de tout, le pire comme le meilleur, l'alimentaire et l'artistique. Artistique, artistique... est-ce que j'ai une gueule d'artistique ? répondrait l'intéressé. Dans "La loi de la jungle", l'un des personnages dit : "Je ne vais jamais au cinéma, j'écoute le Masque et la plume", comme un bras d'honneur à la critique qui n'aime pas le cinéma de comédie en général dont elle ne comprend pas la mécanique. Le burlesque est moqueur, il ne prend pas la vie au sérieux. De qui ou quoi se moque-t-on dans "La loi de la jungle" ? De la France, son hyper centralisme, qui a troqué bon gré mal gré son empire colonial contre quelques territoires lointains d'outre-mer qu'elle administre depuis Paris en paternaliste bienveillant. Des territoires vécus comme des terrains de jeu par les technocrates de la capitale. Ne se sont-ils pas mis dans la tête de répéter cette idée de piste de ski sous globe en Guyane. Puisque cela a été réalisé dans le désert de Dubai, pourquoi pas dans cette petite portion de forêt amazonienne française. Guyaneige est le nom qu'ils lui ont trouvé après d'interminables réunions ou séminaires interministériels. Ils envoient sur place un fonctionnaire pour vérifier que tout est aux normes, disons plutôt un stagiaire, les ministères en pullulent. Marc Châtaigne n'est pas vraiment enchanté quand le directeur de cabinet du ministre lui annonce son affectation. "La Guyane! Pourquoi pas Techernobyl ? C'est la jungle !" "Le ministère aussi c'est la jungle, lui répond le haut fonctionnaire. Et voilà donc notre stagiaire, sa crème anti-moustiques en poche et son volumineux Code des Normes (européennes) qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un Dalloz, éditeur de tous les codes de la République, embarqué dans un road movie en Guyane dont la forêt occupe 90% du territoire. La jungle ! Châtaigne - qui va en prendre quelques unes - est confronté à une avalanche de clichés, c'est même un feu d'artifice. Et puis il y a Pascal Légotimus sorte de caution morale auprès des autochtones, Mathieu Amalric qui semble avoir été envoyé au bagne et s'en accomode très bien même, des fêlés de la gâchette, des réducteurs de têtes, une armée d'insectes, d'araignées, serpents, quelques singes et de l'eau où que l'on mette les pieds, boueuse et hostile. Et pas l'ombre d'un commencement de travaux d'une piste de ski. J'allais oublier celle qui irradie comme une pépite dans ce pays de chercheurs d'or, Vimala Pons, son éNORme sensualité, chauffeure ou chaffeuse, selon l'heure ou la température ambiante, de notre stagiaire. Parce que dans "La loi de la jungle", il fait chaud, très chaud, moite, très moite. "Je suis dans un pays où tout est pourri", énonce Marc Châtaigne. La Guyane française, cela n'a pas de sens. On lui en a donné un en installant à Kourou, voilà quarante ans le lanceur Ariane. Ce n'est pas le sujet du film. C'est aussi un territoire européen (cela n'a toujours pas de sens) qui doit appliquer les directives de Bruxelles. C'est un peu surréaliste et c'est le sujet de "La loi de la jungle".
Le réalisateur Antonin Paretjatko s'est fait connaître avec son deuxième long métrage, "La fille du 14 juillet" interprété justement par Vimala Pons et Vincent Macaigne. Elle, on l'a appréciée ces derniers mois dans "Comme un avion" et "Marie e les naufragés" dans lequel elle était confrontée à la passion obsessionnelle d'Eric Cantona. Lui, promenait son physique de tombeur dans "Les deux amis" de Louis Garrel, et il interprétait un officier français bienveillant dans "Les innocentes" d'Anne Fontaine.

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09/06/2016

La nouvelle vie de Paul Sneijder

079460.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg Les personnages des romans de Jean-Paul Dubois ne sont pas faciles à interpréter à l'écran. Sam Karman dans son adaptation de "Kennedy et moi" avait confié le rôle principal à Jean-Pierre Bacri, sans doute parce qu'il pensait que l'acteur s'étant construit un personnage de misanthrope, entrerait facilement dans la peau d'un être qui, doutant de lui-même et des autres, avait "le sentiment d'être arrivé au bout de quelque chose". Le Samuel Polaris du film ne fut au fond qu'une caricature bien connue de l'acteur Bacri. Thomas Vincent ("Karnaval" en 1999, "Je suis un assassin" en 2004, "Le nouveau protocole" en 2005) a contourné le problème dans l'adaptation du dernier roman paru de Jean-Paul Dubois, "Le cas Sneijder". Paul, un prénom récurrent dans l'oeuvre de J-P Dubois, a le physique de Thierry Lhermitte qui réussit à nous faire oublier sa vraie nature comique. Pour cet ex de la bande des "Bronzés" c'est une performance. Thomas Vincent place cet unique rescapé d'un accident d'ascenseur dans un hiver montréalais particulièrement rude. Enfermé dans une tenue de grand froid, l'acteur y est quasi méconnaissable, tel un astronaute foulant le sol d'une planète hostile. Il est vrai que Paul est resté enfermé dans cet ascenseur, une attitude qui ne comprend guère son épouse Anna (Géraldine Pailhas) qui le somme d'engager des poursuites dont le bénéfice servirait pour ses deux garçons, "deux pièces génétiquement rapportées", écrit Dubois, à intégrer Harvard. C'est oublier que Paul Sneijder a perdu dans la descente incontrôlable de la cabine d'ascenseur, sa fille aînée, enfant d'un précédent mariage, avec qui il venait de renouer, et à qui il n'avait pu dire combien il l'aimait avant de la perdre définitivement. Déconnecté désormais de toute vie sociale, Paul a trouve le repos dans la compagnie des chiens. Il a rencontré Benoît avec qui il se découvre une passion commune pour les nombres premiers. Benoît dirige une petite société de promeneurs de chiens. Paul était cadre dans une entreprise de distribution de vins français, il est devenu celui qui parle à l'oreille des chiens et en ramasse, au cours de longues promenades dans la neige, les déjections. On le sollicite même pour la présentation d'un concours, ce qui permet à Thierry Lhermitte de renouer un instant avec les situations burlesques. Ce qui n'était que temporairement supportable, devient critique quand Paul annonce au clan de sa femme qu'il entend tirer un trait définitif sur son accident. Adieu procès, honoraires d'avocats, Harvard... Anna qui a pour l'accident de son mari la compassion d'une caisse enregistreuse, choisit de reprendre le dossier d'une manière pour le moins brutale. S'il manque à cette adaptation le regard ironique de Jean-Paul Dubois, on peut lui reconnaître une certaine approche, même si le réalisateur a choisi d'en anticiper la fin. Le film vaut pour son interprétation, les seconds rôles Géraldine Pailhas en femme qui dirige son foyer comme une société anonyme, Guillaume Cyr (Benoît) et Pierre Curzi en avocat compatissant.

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31/05/2016

Ils sont partout

547665.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg 543134.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg Yvan Atall est-il à ce point obsédé par les Juifs ? Lui-même, en ouverture de ce film, l'avoue à son thérapeute dans leurs longues séances au cours desquelles Yvan cultive son délire de la persécution. Comment 0,2% de la population mondiale peut-il à ce point obséder presque sept milliards de terriens ? Parano Atall ? Pas tant que cela si l'on en croît les statistiques sur le remontée ces dernières années de l'antisémitisme en France. C'est à cela que s'attaque "Ils sont partout", titre qui rappelle un fleuron de la collaboration avec les nazis, le "Je suis partout" de Brasillach, Rebatet, Céline et consorts, journal antisémite au plus haut degré, en un mot fasciste; et qui ne s'en cachait guère. L'antisémitisme est une vieille affaire, pas seulement française, qui vient de très loin, remonte au premier siècle après J.C., quand les premières communautés chrétiennes ont migré de Jérusalem, rasée en 70 par les légions romaines, vers des cieux plus cléments, à Rome notamment. C'est là qu'est née cette idée que les juifs étaient responsables de la mort du Christ. Cela s'apprenait même au catéchisme dans le temps, Jésus n'avait pas été crucifié par l'autorité d'occupation, mais par le clergé du temple, paroles d'évangiles. Depuis, les juifs traînent comme des casseroles une kyrielle de clichés qui ont la vie dure, un peu comme une tradition, un folklore. Sauf que parfois, le folklore tourne à l'aigre, à la vindicte, à la violence physique, voire à l'attentat. De ces clichés, ces préjugés contre les Juifs, Yvan Atall a choisi d'en faire un film à sketches dont les séances avec son thérapeute en seraient le fil conducteur. SuiEntre un leadervant l'exemple de quelques-uns de ses aînés, il s'est dit que la meilleure voie pour toucher le plus grand nombre, le coeur des indifférents, est celle de la comédie. Woody Allen, athée devant l'éternel, a fait de l'humour juif l'un de ses fonds de commerce. Dans "Rabbi Jacob", et une phrase prononcée par Louis de Funès à son chauffeur ("Comment, Salomon, vous êtes juif ?), Gérard Oury tort le cou à l'antisémitisme. C'est un exercice d'équilibriste qui demande de la légèreté pour ne pas tomber dans le lourdeur du prêchi-prêcha. Yvan Atall n'y réussit pas toujours. Mais il y a quelques bons moments portés par une cohorte de comédiens ami(e)s, Charlotte Gainsbourg, Dany Boon, Benoît Poelvoorde, Valérie Benneton, Gilles Lellouche, Robert Castel... Entre un Poelvoorde en leader d'un parti d'extrême-droite qui apprend horrifié que sa grand-mère maternelle était juive et un Dany Boon-Bensoussan obligé de dealer pour payer la pension alimentaire de son ex-femme Charlotte Gainsbourg ("J'ai épousé le seul juif qui n'a pas de thune"), le meilleur reste la machine à remonter le temps dans laquelle le Mossad envoie l'un de ses agents, non pas comme on pourrait le penser, tuer Hitler avant qu'il ne devienne un peu trop Furieux, mais occire le petit Jésus source d'embêtement pour tous les juifs depuis deux mille ans. Mais rien ne se passe comme prévu, l'espion tombe amoureux de Marie et finit sur la croix à la place de Jésus. A la fin, Yvan Atall finit pas poser à son psy enfin la question qui lui aurait fait économiser un paquet de fric en consultations : "Pour vous, être juif c'est quoi ? Etre juif, répond le thérapeute, c'est transmettre..."

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