06/01/2015

La terre éphémère

Une île entre deux pays. Une terre éphémère, apparue le temps d'un été, comme tous les étés, sur le fleuve Inguri, frontière entre la Géorgie et sa république séparatiste l'Abkhazie, protégée de Moscou. Un grand-père et sa petite-fille viennent prendre possession de ce terrain. On sent que le vieux bonhomme a l'habitude des lieux. il commence à construire la cabane qui va les abriter et qui bientôt disparaîtra au milieu des grands pieds de maïs. Puis il retourne la terre, trace les sillons sur lesquels va pousser le maïs. Gestes simples du paysan, économie de parole, "La terre éphémère" du cinéaste géorgien George Ovachvili est un film très épuré. Bruit de l'eau et sons de la nature perturbés de temps à autre par les moteurs des bateaux des gardes-frontières des deux camps qui patrouillent sur le fleuve à la recherche de rebelles. Il est vrai que cette île se trouve sur cette frontière, sa tranquillité n'y est qu'apparente. Le conflit entre les deux pays va s'introduire dans ce monde clos, un soldat blessé de l'autre camp, va y chercher refuge, blessé, il sera soigné par le grand-père qui le cachera un temps au coeur du maïs. Mais bientôt une autre menace se profile. Une course contre la montre débute pour récolter à temps les épis de maïs avant que tout ne soit recouvert par la soudaine montée de l'eau du fleuve de retour dans son lit.
Un film magnifique rythmé par l'eau, le temps qui s'écoule d'abord lentement puis change de tempo à l'approche du retour de l'eau, plus les tensions géopolitiques qui peuvent tout faire basculer et que l'on perçoit dans le regard toujours un peu inquiet du grand-père.
Ce film a obtenu le Grand Prix et le Prix de la critique du Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier (Cinémed).
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04/12/2014

Les héritiers

425864_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgNous ne saurions pas que le scénario des "Héritiers" s'appuie sur une histoire vraie, qu'elle s'est déroulée dans le même lycée qui a servi de cadre au film, le lycée Léon Blum de Créteil, qu'elle a concerné la classe de seconde , "la pire classe de seconde" de ce lycée, dixit le proviseur, qu'elle a été écrite par l'un des élèves de cette classe, Ahmed Drame, il avait 17 ans en 2009, nous trouverions cette fiction quelque trop joliment tournée pour être crédible. Cette année scolaire 2009, une prof d'Histoire, interprétée par (la malicieuse parfois) Ariane Ascaride, une prof sévère mais juste, décide d'inscrire cette classe au Concours national de la Résistance et de la Déportation. Les élèves sont perplexes, la prof tenace. Question de confiance, madame Gueguen en a à revendre, alors qu'ils en manquent tant. Elle veut les tirer vers le haut quand le reste du coprs enseignant les laisserait patauger dans leur cloaque.
Troisième long métrage de la productrice et réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar, à qui le jeune Ahmed Drame avait envoyé son scénario, "Les héritiers" se déroule en grande partie à l'intérieur du lycée Léon Blum. La vie y est celle que chacun d'entre nous connaît assez bien, comme si rien n'avait changé, hors l'utilisation interdite des téléphones portables. Le règlement c'est le règlement. On y entre avec une scène d'ouverture plutôt violente : une jeune fille voilée vient chercher son diplôme du Bac qui lui est refusé compte-tenu de son refus obstiné d'enlever ledit voile. Des profs en conseil de classe qui préfèreraient que l'on se consacre plus à ceux qui veulent travailler, plutôt qu'à des élèves largement démotivés qui ont fait vivre une enfer à la prof d'Histoire remplaçante, à vous donner le dégoût de l'enseignement. Et puis, le scénario liste un certain nombre de situations. L'un des élèves, Olivier, un jeune, non issu de l'immigration, se met à fréquenter la mosquée, porte collier de barbe, djellaba et donne des leçons de morale à ses "frères". D'autres donnent de peu amicaux conseils vestimentaires à leurs "sœurs".
Dans ce film hautement choral, le prix d'interprétation revient à la vingtaine (ou plus...) de jeunes comédiens, certains quasiment novices, filmés par trois caméras histoire de ne rien en perdre. La scène clé celle où le déporté Léon Zygel, le même qui avait conquis la vraie classe de seconde en 2009, revient, et cette fois face à des comédiens, raconter son passé d'enfant envoyé en camp d'extermination, est très émouvante. Les comédiens sur l'écran et nous dans la salle, sommes transportés par son récit qui se suffit à lui-même plus que les effets de manches cités plus haut pour évoquer l'intolérance et la barbarie.

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26/11/2014

Tiens-toi droite

161853_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLe deuxième long métrage de la réalisatrice Katia Lewkowicz réunit un trio de femmes qui ne semblent avoir rien en commun sinon leur foi, leur hargne, leur volonté à s'affirmer, à trouver leur place dans la vie et la société. Il y a là, Lili (Laura Smet), née dans le nord, longtemps son rêve a été de descendre à la mine comme son père à qui elle voue une adoration sans faille. Elle a été "exilée" en Nouvelle-Calédonie où elle s'y est faite élire Miss; elle concourt pour le titre de Miss Francophone. Sam (Noémie Lvovsky) n'a pas la beauté naturelle et presque éthérée de Lili. Sam est une mère de famille presque nombreuse, elle a trois filles et se retrouve enceinte de... jumelles. Sam est partout à la fois, elle s'est mise en tête de travailler de nuit dans une usine. Louise (Marina Foïs) est la patronne d'une petite entreprise familiale, un pressing dont la gestion laisse à désirer. Louise est approchée, via son amant, par un fabricant de poupées qui en fait son executive le temps de trouver un nouveau modèle. Louise engage l'imprévisible Lili pour être le modèle vivant de la future "barbie" et monte un panel d'enfants chargés de donner des conseils aux concepteurs de ladite poupée. Parmi eux, l'une des fillettes de Sam qui filme des images qu'elle met en ligne sur son blog, quitte à provoquer quelques émois.
"Tiens-toi droite", c'est ce que les adultes disent aux enfants, c'est ce que la réalisatrice de ce film très choral a envie de dire aux femmes, allez au bout de vos rêves, sans faillir, sans fléchir, sans courber l'échine. Le film existe surtout pour son trio d'actrices et de nombreux seconds rôles épatants.186981_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

15:12 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)