20/08/2014

Les combattants

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Arnaud vit dans une petite ville entre monts pyrénéens et plages atlantiques. Son père vient de décéder. Son frère ainé décide de reprendre l'entreprise de bois familiale. Arnaud hésite, sa mère comprendrait très bien que son fils cadet veuille connaître d'autres horizons. Justement débarque sur la plage le car-podium de l'Armée de Terre. Les militaires proposent aux jeunes des combats à mains nues sur le sable. Des matelas pneumatiques aux tons de tenues de camouflages sont à gagner. Arnaud gagne, mais pas à la loyale contre Madeleine. Les parents de Madeleine ont engagé Arnaud et son frère pour construire une pergola au bord de leur piscine. Madeleine emprunte deux tuiles aux garçons, les fourrent dans une sac à dos et plonge au fond de la piscine. Au déjeuner, la jeune fille explique que les jours de la race humaine sont comptés. Elle se prépare donc à survivre. Sa méthode, avaler du jus de sardine crue passée au mixer. Survivre, c'est savoir ouvrir une bouteille de bière avec ses dents. Arnaud est intrigué par Madeleine, amoureux, ne le sait pas encore. Quand Madeleine s'engage pour un stage de quelques jours au sein de l'armée, Arnaud abandonne son frère et son carnet de commandes pour la suivre. Lors d'une sortie nocturne, Madeleine et Arnaud sont séparés du groupe. Commence alors leur survie sur une terre balayée par les incendies de l'été. L'histoire qui semblait jusque-là un peu trop prévisible, trouve tout son intérêt dans les ultimes moments où les deux jeunes gens se découvrent de l'empathie pour ce monde et l'un pour l'autre. Et si au lieu d'attendre chacun dans son bunker la fin, on l'empêchait.
Adèle Haenel est la révélation des "Combattants" premier film de Thomas Cailley présenté à Cannes au programme de la Quinzaine des réalisateurs. La comédienne a débuté à 13 ans dans "Les diables" de Christophe Ruggia. Elle a été nominée au César du meilleur espoir pour "Naissance des pieuvres" et "L'Apollonide, souvenirs de la maison close". Elle a enfin obtenu le César du meilleur second rôle pour "Suzanne" de Katell Quiiévéré. On peut aussi la voir dans "L'homme qui aimait les femmes" d'André Téchiné présenté en compétition au dernier Festival de Cannes.

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27/05/2014

« Les drôles de poissons-chats »

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Claudia a 22 ans. Elle est démonstratrice dans un supermarché et vit seule. Claudia ne respire pas vraiment la joie de vivre. Sa chambre, où elle est filmée, cadre serré, au petit matin, émergeant du sommeil, ne montre rien de personnel, d’intime. Claudia est hospitalisée pour une appendicite. Dans le box voisin du sien, elle découvre Martha, le double de son âge, et ses enfants pas vraiment discrets. Martha est l’antithèse de Claudia, elles portée par un optimisme à toute épreuve. Martha est porteuse du sida, un cadeau d’adieu de son dernier compagnon. Martha est mère de quatre enfants, trois filles et un garçon. Martha invite Claudia à venir s’installer chez eux. La maison de Martha est marquée par la personnalité de chacun des enfants, pour le reste c’est un foutoir, sans véritable organisation, mais Martha et ses enfants forment une famille où Claudia finit par trouver sa place, par devenir même la confidente des uns et des autres. Et l’on se dit que si la maladie de Martha l‘emportait, Claudia pourrait la remplacer comme pivot de cette famille pas si atypique que cela finalement. « Pourquoi tu restes avec nous ? Ça te rend heureuse ? » questionne Wendy. Si la famille de Martha n’est peut-être pas la famille idéalisée par Claudia dans ses rêves de petite fille, cela en est tout de même une. Ce dont nous parle la réalisatrice, c’est de passage de témoin de Martha à Claudia. « Merci d’être arrivée dans nos vies », dit Martha qui n’a plus qu’un souffle de vie et embarque sa tribu dans une coccinelle bourrée jusqu’au toit pour la côté. L’image de l’affiche nous fait penser à celle de « Little Miss Sunshine » autre histoire d’enfance et de famille.
« Les drôles de poissons-chats », un titre qui se révèle petit à petit, est le premier long métrage de Claudia Sainte-Lucie qui a construit son scénario autour d’une histoire qu’elle a vécu en partie à Guadalajara au Mexique. D’ailleurs réalité et fiction se croisent au générique où Wendy Guillén interprète son propre personnage de fille de Martha.
R.P.

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22/04/2014

« Night moves » : un thriller écolo radical

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Ils sont trois, comme dans un western à la Sergio Leone, même si ici l’on s‘approche plus du thriller que du western dont la réalisatrice Kelly Reichardt décortiquait les codes dans son précédent long métrage « La dernière piste ». Un « thriller avec un petit t », dit la cinéaste, mais bon, ne boudons pas notre plaisir de la voir utiliser toutes les ficelles du genre. Il est vrai qu’en l’absence de message politique explicite – « les gens vont se réveiller, il le faut » dit l’un des participants à une réunion -, l’action de « Night moves » se concentre sur la cible de trois radicalistes ; peu importe les motivations, seul compte le résultat final. Si le problème est le barrage, Josh, Dena et Harmon le feront sauter. Josh (Jesse Eisenberg), un garçon secret, introverti, travaille dans une ferme bio en Oregon, Dena (Dakota Fanning), une fille de la bourgeoisie locale, dirige un établissement de bains japonais, alors qu’Harmon (Peter Sargaard), trimballe avec lui un passé d’ex-marines et de taulard ; il sera l’artificier du groupe. Dès lors, tout est consacré à la préparation minutieuse de l’attentat, acquisition du bateau d’occasion, faux papiers, repérages, achat de 250 kg de nitrate de potassium indispensable sous couvert de culture maraichère qui éveille quelque soupçon et permet à la réalisatrice de distiller ce qu’il faut de suspens, notamment au cours de la virée nocturne fatale au barrage, un randonneur un peu trop curieux, un automobiliste victime d’une crevaison sur la route qui surplombe le barrage… Et puis c’est la fuite à travers la forêt et la perception du souffle de l’explosion – on n’en verra rien de spectaculaire -, les contrôles policiers et ce plan sur les chaussures mouillées de Josh au cours de la perquisition de leur pick-up. Désormais entre eux, c’est le silence radio, sauf qu’un campeur s’est noyé lors de l’explosion du barrage, un dommage collatéral imprévisible, et là commence le vrai sujet du film, avec le doute, la culpabilité, le soupçon, la méfiance qui s’installe entre les trois activistes. La réalisatrice filme un paysage froid, humide, des ciels cotonneux, un long travelling à travers une forêt pétrifiée, les pieds dans l’eau du barrage. Et comme si cela ne suffisait pas, « Night moves » se garde de toute morale.
Ce cinquième film d’une réalisatrice décidément très indépendante qui tourne dans l’Oregon où elle vit une partie de l’année, a obtenu le Grand prix du 39e Festival du cinéma américain de Deauville.
R.P.

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