31/05/2016

Les films du festival de Cannes en salles

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Café society
Woody Allen renoue avec un genre, s'il en est un, qui lui sied à merveille, la comédie légère, nostalgique et moqueuse, sarcastique est l'un de ses mots favoris, ramenée à une époque qui est celle de son enfance newyorkaise. Il avait fait cela dans "Radio days" qui racontait les grands moments de la radio dans le Brooklyn de son enfance. Il y mettait en scène le petit garçon qu'il était alors, au sein d'une famille juive très animée, on s'y engueulait à tour de bras, Woody Allen se contentant d'être la voix off du récit. Dans ""Café Society, qui se déroule dans cet âge d'or du cinéma hollywoodien, le réalisateur confronte deux mondes à des années-lumière l'un de l'autre, le New York de son enfance - Jesse Eisenberg y tient le rôle de son double - et Hollywood que l'on qualifie déjà à cette époque de Mecque du cinéma. Entre ses parents bijoutiers et son frère gangster, Bobby, jeune homme sans grâce particulière, cherche sa voie. Sa mère, Rose, l'envoie auprès de son frère Phil, agent de stars à Hollywood, qui se voit obligé d'accueillir cet encombrant neveu, ne sait trop quel job lui donner, le confie à l'une de ses secrétaires, Vonnie - la délicieuse Kristen Stewart - dont Bobby tombe éperdument amoureux. Or, la belle Vonnie est la maîtresse de l'oncle qui ne cesse de lui promettre qu'il va quitter sa femme pour elle, ne le fait pas... Parce qu'il n'y a pas d'avenir professionnel ou sentimental dans ce lieu de perdition, Bobby rentre à New York s'occuper du Café Society, l'un des lieux les plus branchés de l'époque, que son frère a créé en coulant ceux qui lui résistaient dans le ciment de buildings en construction. En répétant cette scène, Woody Allen en fait un élément de plus de comédie. Le film aux décors sophistiqués est superbement construit autour de la voix de Woody Allen qui distille ses aphorismes - "La vie est une comédie écrite par un auteur sadique" -comme autant de pépites que l'on peut toujours replacer dans une conversation.
Money Monster,
Jodie Foster s'affirme comme réalisatrice à part entière, et non plus comme une actrice qui de temps à autre se fait plaisir en passant derrière la caméra. Elle joue admirablement avec les codes du cinéma hollywoodien dans ce thriller parfaitement maîtrisé. Elle y dirige deux poids lourds, Julia Roberts (Patty) en productrice et George Clooney (Lee Gates) animateur d'une émission consacrée à la finance. Les deux sont pris en otage en direct par un homme qui a perdu le bénéfice d'un héritage après en avoir investi la somme dans une opération boursière sur les conseils de Gates. Lee Gates est une sorte de Monsieur Loyal de ce grand cirque qu'est Wall Street. On y joue comme au casino l'argent de petits épargnants. Il arrive que l'un d'entre eux vienne réclamer des comptes. Dans leur studio, Lee Gates et sa productrice vont tenter de comprendre comment 800 millions de dollars, la somme globale engagée dans cette opération, ont changé de poche. Le financier auteur de la malversation est dénoncé en direct, mais comme le système ne peut permettre que des justiciers viennent le remettre en cause, le preneur d'otages est puni pour avoir manqué de discernement.
Julieta
Pedro Almodovar a adapté à la géographie de son Espagne natale trois nouvelles de l'écrivaine canadienne Alice Munro qui se situent originellement à Vancouver. "ulieta" est un film de femmes, ce qu'Almodovar sait le mieux faire. Julieta s'apprête à quitter madrid pour le Portugal avec soin compagnon, lorsqu'elle rencontre dans la rue la meilleure amie de sa fille Antia dont elle n'a plus de nouvelle depuis des années. Non seulement, Julieta décide de rester à Madrid, mais de reprendre un appartement dans l'immeuble où elle a vécu lorsque sa fille était adolescente. Dès lors, Pedro Almodovar remonte le temps et la vie amoureuse de Julieta qui a un jour quitté la maison de ses parents où elle se sentait étouffer pour un avenir meilleur... C'est l'un des films les plus aboutis du cinéaste madrilène, même si le jury de Cannes ne l'a pas retenu.
Ma Loute
Plus original dans sa construction, son propos, sa folie, "Ma Loute" de Bruno Dumont est reparti les mains vides. Dommage, car pour une fois, le réalisateur du Nord avait réussi à nous séduire avec cette histoire d'un autre temps, d'une autre société, jouée par des acteurs qui sont allés assez loin dans l'interprétation, je pense à Juliette Binoche, sorte de Castafiore écheveulée, Luchini pédant jusqu'au bout de la langue ("La glycine, Isabelle, c'est insenscée, elle a pris deux mètres"), emprunté et empruntant sa démarche à un Aldo Maccione, les flics Machin au look de baudruche fellinienne et son subordonné sorte de Laurel et Hardi mâtinés de Dupont et Dupont... Tourné en Baie de la Slack dans le Nord-Pas de Calais, deux mondes s'y côtoient, les riches Van Petteghem qui frayent dans la consanguinité et une famille de pêcheurs, à l'appétit féroce, qui vit du ramassage des moules et du passage des touristes dans la baie. Parfois l'un de ces touristes disparaît... Les demoiselles du jury ont dû trouver le propos cannibale peu ragoûtant...
Elle
Ce film de Paul Verhoeven aurait mieux mérité que de l'indifférence du jury, ne serait-ce que parce qu'Isabelle Huppert y est magistrale de froideur et d'insensibilité dans ce personnage de manager implacable qui un soir est agressée chez elle et violée par un homme au visage dissimulé par une cagoule. Dès lors, Michèle se sent surveillée, cherchant à démasquer son agresseur. Est-il l'un des petits génies de son entreprise de jeux vidéo, un de ses proches, un voisin ?... Comme il l'avait fait pour "Basic Instinct", Verhoeven déroule ce thriller, adapté d'un roman de Philippe Djian, dans un climat malsain.
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27/04/2016

Dalton Trumbo

555091.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa première image que l'on a de Dalton Trumbo est celle d'un scénariste au travail à Hollywood, s'exécutant sur une Remington d'époque, dans la fumée d'une cigarette toujours allumée au coin des lèvres, la bouteille de whisky à portée de main. Vous pouvez mettre à sa place un Dashiell Hammett ou un William Faulkner qui ont la particularité d'avoir besogné pour les studios, sauf qu'avec Dalton Trumbo on mêle art et politique et l'on traverse l'une des périodes les plus noires de Hollywood, le maccarthysme, du nom de ce sénateur qui éleva la commission des activités antiaméricaines en tribunal suprême. Sa croisade, chasser des studios tous ceux qui étaient de près ou de loin liés au Parti communiste américain. Des réalisateurs, scénaristes, acteurs ou techniciens furent convoqués à Washington devant la commission, sommés de dénoncer leurs collègues ou amis soupçonnés d'être membres ou d'avoir eux-mêmes un ami membre du Parti communiste. Une chasse aux sorcières qui laissa des traces. Dalton Trumbo, scénariste prolifique, était membre du Parti communiste depuis 1943, à une époque où l'ennemi était l'Allemagne hitlérienne. Dans ses scénarios, Trumbo mettait l'accent sur les conditions de vie des travailleurs américains, c'était un homme profondément de gauche. Il fut dénoncé, convoqué, fit partie des dix de Hollywood qui refusèrent de répondre par oui ou par non aux questions des sénateurs, envoyés en prison pour outrage, ils furent chassés des studios. Mais Dalton Trumbo qui était un scénariste talentueux, tourna cet interdiction de travailler en multipliant les pseudonymes avec lesquels il remporta même deux Oscars dont un pour "Vacances romaines". Trumbo produisait jour et nuit, et quand la fatigue se faisait sentir, s'installait dans son bain, mettant à contribution son épouse et ses deux enfants, Nikola et Christopher, chargés de porter les divers scénarios sur lesquels il travaillait à leurs destinataires. Son association avec un patron de studio, interprété par John Goodman l'un des acteurs fétiches des frères Coen, produisant à la pelle des séries B, est l'un des grands moments de ce biopic. Le purgatoire de Dalton Trumbo, qui avait dû quitter son ranch pour une modeste maison dans un quartier quelconque de Los Angeles, prit fin en 1960 quand Kirk Douglas l'engagea pour écrire le scénario de "Spartacus" que devait réaliser Stanley Kubrick et dans le même temps, Otto Preminger vint le trouver pour qu'il adapte "Exodus". Douglas et Preminger s'opposèrent vertement à la commission et à ses alliés, la chroniqueuse Edda Hopper, l'acteur John Wayne notamment, en imprimant le nom de leur scénariste sur l'affiche de ces deux films. Dalton Trumbo dès lors retrouva son nom et a dignité. En 1971, il porta à l'écran son unique roman "Johnny got is gun" qui reçut le Grand prix du jury au Festival de Cannes. Le film de Jay Roach - le biopic est un genre par excellence hollywoodien - montre comment un homme profondément de culture américaine, qui avait été grand reporter de guerre, alors qu'un John Wayne ne tirait sa gloire que de ses personnages, fut considéré comme un traître à son pays. Il restitue l'atmosphère des années cinquante, le climat de suspicion suscité par un petit groupe de personnes contre le plus grand nombre. Il y eut des gens à Hollywood pour dénoncer cette chasse aux sorcières, je pense au réalisateur John Huston ou au couple Bogart-Bacall qui allèrent jusqu'à manifester à Washington et que l'on aperçoit sur des images d'archives. Le film mêle habilement images d'archives et reconstitution, dans une mise en scène somptueuse et éclairée d'une époque qui signait la fin de l'âge d'or des studios. On croise Edward G. Robinson, Sam Wood, Kirk Douglas, Otto Preminger, Louis B. Mayer, John Wayne... Bryan Cranston campe un Dalton Trumbo vindicatif, stakhanoviste du clavier, tyrannique envers sa propre famille, décidé à combattre l'injustice, les abus des autorités, la privation des libertés fondamentales avec ses mots. Il montre les diverses facettes d'un homme qui ne renonce jamais, juste à son statut de privilégié, contrairement à d'autres. Dans le camp adverse, Helen Mirren montre la chroniqueuse Edda Hopper sous un nouveau jour, en vipère hollywoodienne au venin assassin. 284949.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

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12/04/2016

Fritz Bauer, un héros allemand

261919.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgC'est l'histoire d'un homme de l'ombre, un histoire vraie qui a pour cadre l'Allemagne fédérale à la fin des années cinquante. Procureur général, Fritz Bauer, la cinquantaine bien tassée, est l'homme qui va faire tomber Adolf Eichmann, le théoricien de la solution finale. Ce dernier vit paisiblement en Argentine à l'abri de toute poursuite, tant de la part de la CIA que du renseignement allemand. A un interviewer ce cynique déclare : "Je n'ai tué personne. J'ai juste transporté les juifs vers leurs bourreaux". Son seul regret, ne pas avoir terminé le travail. Dans la haute administration judiciaire allemande noyautée par d'anciens fonctionnaires nazis, le travail de Fritz Bauer, pour ses ennemis "un juif habité part la vengeance", n'est pas facile. Lui-même dira: "Quand je sors de mon bureau, j'entre en territoire ennemi". Intimidations, menaces de mort, chantage autour de son homosexualité - considérée comme un délit pénal -, rien n'y fait. Fritz Bauer est un obstiné qui veut confronter le peuple allemand avec son horrible passé. Il lance ses procureurs à la recherche des Mengele et Borman et c'est Eichmann qu'il retrouve. Sa source, un ancien colonel SS qu'il a débusqué parmi les cadres de Mercedes Benz. Bauer, alors, contacte le Mossad pour qu'il l'aide à enlever Eichmann et à le conduire à Francfort. mais personne, semble-t-il, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat n'a envie d'un procès Eichmann sur le territoire allemand et c'est à Jérusalem qu'en 1962 l'exécuteur nazi est condamné à mort par pendaison.
Ce film passionnant pour sa thématique est construit autour de la traque d'un criminel nazi, avec musique jazzy qui tend à lui donner une tonalité de thriller. Pourtant ce mordant manque à la réalisation de Lars Kraume, quelque trop conventionnelle. Peut-être parce que trop en prise avec l'Histoire. Le scénario est adapté d'un épisode du livre "L'impossible retour : une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945". Tous les personnages sont réels à une exception près, celui du jeune procureur Karl Angermann, un personnage promis à un brillant avenir, qui se retrouve piégé dans une boîte de travestis, choisit la prison plutôt que la trahison. "Il ne faut jamais céder à la tyrannie", lui dit Fritz Bauer, interprété par Burghart Klaussner, procureur général habité par son rôle de justicier qui porte en lui une blessure, celle d'avoir échappé au camp de concentration en composant avec le régime.

20:54 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)