07/10/2015

"Asphalte", chronique d'une humanité

106211.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgUn ciel laiteux, des barres d'immeubles grises, la banlieue dans toute sa laideur. Un ascenseur toujours en panne, un syndic aux abonnés absents, des locataires qui se réunissent dans l'appartement de l'un d'eux pour en voter la réparation à leurs frais. Unanimité moins une voix, celle de monsieur Sternkowitz (Gustave Kerven) qui explique que résidant au premier, il n'utilise jamais ledit ascenseur. Les questions de solidarité n'effleure pas la conscience de M. Sternkowitz, vieux célibataire, sans attache, ni amis. Délibération des votants dans la chambre, laissant M. Sternkowitz seul dans le salon face à un aquarium et un vélo d'appartement. Tiens, se dit M. Sternkowitz, si je m'en achetais un, la Rolls des vélos d'appartement, entièrement automatique. M. Sternkowitz est désormais interdit d'ascenseur. M. Sterkowitz sur son vélo d'appartement à entrainement automatique, des heures durant... cent kilomètres plus loin, dans une chambre d'hôpital. M. Sterkowitz a fait un gros malaise. Il a trop pédalé. M. Sternkowitz est condamné pour un temps au fauteuil roulant. Retour de M. Sternkowitz chez lui, face à l'escalier qui accède au premier étage...
D'une situation absurde, si l'on veut, Samuel Benchétrit concocte un conte moderne, parce que durant son périple en fauteuil roulant. M. Sternkowitz, obligé de contourner l'interdiction qu'il lui est faite, utilise l'ascenseur à l'insu de tous, c'est-à-dire la nuit, moment durant lequel il va faire la rencontre de sa vie. Il sera le remède contre la déprime d'une infirmière de nuit (Valeria Bruni Tedeschi) sans aucune perspective amoureuse. Tirés de ses deux volumes des "Chroniques de l'asphalte", Samuel Benchétrit nous embarque dans trois contes qui ont pour cadre le même immeuble et son ascenseur rétif à toute réparation.
La capsule de retour d'un astronaute américain (Michael Pitt) atterrit sur le toit de l'immeuble. Au dernier étage habite Mme Hamida (Tassadit Mandi) dont le fils purge une peine de prison. Mme Hamida n'est pas effrayé quand John Mc Kenzie sonne à sa porte en tenue d'astronaute. Elle ne crie, pas, elle ne perd pas connaissance, non, Mme Hamida pense de suite couscous. Elle va concocter un couscous pour son jeune invité, en attendant que la Nasa vienne en douce le récupérer. C'est un fils de substitution que le ciel lui a envoyé, qu'il en soit remercié.
Jeanne Meyer (Isabelle Huppert) est actrice, elle vient d'emménager, ses cartons non défaits dessinent une espèce de labyrinthe dans l'appartement. Sur le même palier vit Charly (Jules Benchétrit), un adolescent. Un jour que Jeanne Meyer a oublié ses clés dans l'appart, Charly appelle un serrurier, un pote du deuxième qui a une méthode personnelle (à essayer) pour ouvrir la porte. Charly n'a jamais rencontré d'actrice. Jeanne lui montre l'un de ses films, à une époque où elle était beaucoup plus jeune, aux images en noir et blanc. Elle prépare sans grande conviction son retour au théâtre, Charly l'aide à répéter son rôle, ne la ménage pas. Elle est pathétique, Charly est son billet pour une deuxième carrière.
La banlieue, Samuel Benchétrit la connaît pour y avoir vécu. Il en sait le sordide, l'impression d'un définitif abandon, la misère sociale et la misère affective, mais aussi l'espoir en des jours meilleurs, comme une matinée ensoleillée. La vision d'un caoutchouc grandissant au côté d'un téléviseur de la marque Grundig. Dans quelle décennie sommes-nous, celle l'affiche de "Piège de Cristal" qui décore l'un des murs de la chambre du fils de Mme Hamida, ou celle des vaisseaux Apollo dont la capsule de retour de John Mc Kenzie ressemble ? La banlieue de Samuel Benchétrit n'est pas un territoire perdu, un lieu de désespoir chronique, on peu trouver à y soigner son mal de vivre, son mal-être, question de solidarité.
"Asphalte" n'est pas un grand film, mais dans son format 1:33, il nous parle, il nous rassure sur l'humanité. 110899.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

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30/09/2015

"Je suis à vous tout de suite" : une comédie transcommunautaire

315565.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgHanna (Vimala Pons) est une fille nature, sans préjugé d'aucune sorte, une fille par ailleurs que la nature a bien dotée. C'est une fille gentille, généreuse même. Elle ne sait pas dire non. DRH dans une entreprise de distribution de vins, Hanna se met en quatre pour consoler le personnel qu'elle est amenée à licencier; cela se termine généralement chez elle, un petit deux-pièces rue Saint-Denis. Hanna "souffre d'une grave névrose de la gentillesse", dit-elle. Une maladie de famille qui touche son père "épicier social" (Ramsy Bedia) et sa mère (Agnès Jaoui) psy au foyer. Hanna et son frère Hakim (Mehdi Bjaadi) ont toujours vécu dans cette idée que les gens sont bons par nature. Dans cette famille-là, on aime tout le monde, toutes les religions, tous les dieux même ceux qui n'existent pas. Tout change lorsque Hakim se met en tête de vivre selon les principes du Coran, puis de vouloir "retourner", alors qu'il est né en France, en Algérie la terre de ses racines. Hakim a une grave maladie des reins, Hanna est compatible pour une greffe, mais Hakim ne veut pas du rein entaché de péchés de son impie de soeur. A l'hôpital où elle se rend pour des examens, Hanna fait la connaissance d'un chirurgien; son bon coeur lui dicte de le mettre dans son lit. Rendez-vous est pris rue Saint-Denis...
La réalisatrice Baya Kasmi - elle fut scénariste de "Hipocrate" - réussit à évoquer des choses graves ou douloureuses sur le ton de la comédie. Après une entrée en matière un peu aux forceps, le ton de "Je suis à vous tout de suite" rappelle cet autre film, "Le nom des gens" de Michel Leclerc, dont elle fut la scénariste et l'actrice, dans lequel elle déclarait que son peid était de coucher avec des hommes de droite, histoire de les ramener dans le droit chemin de la gauche; ce qui faisait pas mal de monde à se taper... Le tandem Baya Kasmi, à la réalisation, Michel Leclerc au scénario, fait ici mouche une fois de plus, il est vrai bien servi par une brochette de comédiens talentueux. On y croise Anémone en grand-mère pétard qui tape des joints à son petit-fils, Zinedine Soualem en gérant d'un supermarché Halal ou Bruno Podalydès l'interprète de "Comme un avion" dans lequel apparaissait au détour d'une rivière la solaire Vimala Pons.

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23/09/2015

"Les deux amis" un classique du triangle amoureux

376189.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgClément (Vincent Macaigne) est fou amoureux de Mona (Golshifteh Farahni). Tous les jours, Clément se rend gare du Nord dire avec ses yeux à Mona qu'il l'aime. Mais Mona n'a pas le temps d'écouter Clément, elle a des clients à servir. Mona aime bien Clément, mais elle n'en est pas amoureuse. Mona n'a pas le loisir de tomber amoureuse. Chaque fin d'après-midi, elle prend le même train qui la ramène en prison où elle purge une peine en régime de semi-liberté, ce que Clément et Abel ne savent pas. Clément parle de son obsession de Mona à Abel (Louis Garrel). Abel devrait voir comment Mona est belle, dit Clément à son meilleur ami. Clément et Abel sont plus qu'amis, mieux que des frères, un peu amants, mais sans le sexe; ils font penser à un couple, plutôt mal assortis. Abel se rend gare du Nord et dès qu'il aperçoit Mona, il en tombe amoureux. Un soir, les deux hommes raccompagnent Mona jusqu'à son train, l'empêchent de le prendre. Mona se débat, crie, hurle, personne ne vient lui porter secours. La scène filmée sur le mode de l'agression, est d'une rare violence. Les larmes aux yeux, Mona voit s'éloigner son régime de semi-liberté. Durant la nuit suivante, elle devient une fugitive, mais pour la première fois depuis longtemps, elle est amoureuse...
Le triangle amoureux est un classique du cinéma français, mais tout le monde n'est ni Truffaut, ni Sautet. Louis Garrel, fils et petits-fils d'acteurs et cinéastes, s'essaie au genre plutôt avec délicatesse, filmant la femme de sa vie avec excès, n'échappant pas toujours à la critique récurrente du film initmiste à la française qui pêche trop souvent par nombrilisme. La tendresse qu'il a pour ses personnages - le film a été coécrit avec Christophe Honoré sous la direction de qui il a tourné six longs métrages -, ce balancement incessant entre l'amour et l'amitié - l'amitié survit-elle à l'amour ? -, le tout porté par une musique romantique de Philippe Sarde, rend cette première réalisation attachante.

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