23/09/2015

"Les deux amis" un classique du triangle amoureux

376189.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgClément (Vincent Macaigne) est fou amoureux de Mona (Golshifteh Farahni). Tous les jours, Clément se rend gare du Nord dire avec ses yeux à Mona qu'il l'aime. Mais Mona n'a pas le temps d'écouter Clément, elle a des clients à servir. Mona aime bien Clément, mais elle n'en est pas amoureuse. Mona n'a pas le loisir de tomber amoureuse. Chaque fin d'après-midi, elle prend le même train qui la ramène en prison où elle purge une peine en régime de semi-liberté, ce que Clément et Abel ne savent pas. Clément parle de son obsession de Mona à Abel (Louis Garrel). Abel devrait voir comment Mona est belle, dit Clément à son meilleur ami. Clément et Abel sont plus qu'amis, mieux que des frères, un peu amants, mais sans le sexe; ils font penser à un couple, plutôt mal assortis. Abel se rend gare du Nord et dès qu'il aperçoit Mona, il en tombe amoureux. Un soir, les deux hommes raccompagnent Mona jusqu'à son train, l'empêchent de le prendre. Mona se débat, crie, hurle, personne ne vient lui porter secours. La scène filmée sur le mode de l'agression, est d'une rare violence. Les larmes aux yeux, Mona voit s'éloigner son régime de semi-liberté. Durant la nuit suivante, elle devient une fugitive, mais pour la première fois depuis longtemps, elle est amoureuse...
Le triangle amoureux est un classique du cinéma français, mais tout le monde n'est ni Truffaut, ni Sautet. Louis Garrel, fils et petits-fils d'acteurs et cinéastes, s'essaie au genre plutôt avec délicatesse, filmant la femme de sa vie avec excès, n'échappant pas toujours à la critique récurrente du film initmiste à la française qui pêche trop souvent par nombrilisme. La tendresse qu'il a pour ses personnages - le film a été coécrit avec Christophe Honoré sous la direction de qui il a tourné six longs métrages -, ce balancement incessant entre l'amour et l'amitié - l'amitié survit-elle à l'amour ? -, le tout porté par une musique romantique de Philippe Sarde, rend cette première réalisation attachante.

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Golshifteh Farahni actrice rebelle

21028206_20130814104810859.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg"Les deux amis" de Louis Garrel ne risque pas d'arranger les affaires de cette actrice franco-iranienne avec Téhéran, quand l'attaché culturel de l'ambassade d'Iran à Paris aura vu avec quelle gourmandise la jeune femme se laisse filmer nue. Interdite de retour en Iran depuis 2012, quand dans une vidéo tournée pour la cérémonie des Césars, elle dévoile un bout de sein, ses ennuis avec la censure iranienne avaient débuté en 2007 durant la promotion de "Mensonges d'Etat" de Ridley Scott dans lequel elle tenait le seul rôle féminin au côté de Leonardo DiCaprio. Téhéran lui avait reproché d'apparaître sans voile, ce qui lui avait valu une interdiction de sortie d'Iran pendant six mois. Quand elle avait pu récupérer son passeport contre la somme de 2 millions de dollars, Goshifteh Farahni s'était exilée en France où elle avait obtenu le statut de réfugiée. Elle sait que chacun de ses pieds de nez au régime des mollahs vaut pour sa famille, son père est un metteur en scène connu, sa mère plasticienne, sa soeur comédienne et son frère un acteur de la scène rock underground à Téhéran, des tracasseries supplémentaires. L'exil, dit-elle, est "une forme de mort", dans une interview à Libération en 2012. Sa carrière est désormais en Occident, mais son coeur est resté à Téhéran. Elle porte ce déchirement sur son beau visage mélancolique, et ce n'est sans doute pas étranger à son rôle de détenue en semi-liberté dans le film de Louis Garrel. Rentrer à Téhéran ne serait-ce que pour voir sa famille, signerait pour elle la fin de sa liberté de mouvement. "Quand on est artiste en Iran, on est rien, dit-elle. A chaque minute, quelqu'un peut dire qu'on n'a pas le droit de travailler".
Pourtant, là-bas, elle y est une immense actrice, ayant débuté à 14 ans dans un drame romantique qui lance sa carrière iranienne. Elle tourne dix-neufs films en dix ans, dont "M comme Mère", l'histoire d'une mère abandonnée par son mari durant la guerre Iran-Irak. Ce film lui vaut une soudaine célébrité dans tout le pays, jusque dans les villages les plus reculés. En France, on l'a vue dans "Boutique" de Hamid Nematollah pour lequel elle a reçu un prix d'interprétation au Festival des trois continents de Nantes en 2004; "Poulet aux prunes" de Marjane Satrapi avec Mathieu Amalric, "A propos d'Elly" d'Asghar Farhadi et en 2014 "My sweet Pepper land" sorte de western kurde d'Hiner Saleen, puis le péplum "Exodus: gods and kings" de Ridley Scott dans lequel elle joue Nefertiti, sorte de remake des "Dix commandements". au début de cette année, elle est apparue nue, photographiée par Paolo Roversi, à la une de la revue Egoïste, ajoutant encore plus de contentieux entre elle et le régime des mollahs.
Ses prochaines apparitions au cinéma devraient être dans "Les malheurs de Sophie" de Christophe Honoré en 2016, puis "Pirates de Caraïbes" en juillet 2017. D'ici-là, il est fort probable qu'on la trouve dans la liste des actrices nommées pour le César de la meilleure interprétation féminine.

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15/09/2015

"Marguerite" la reine des couacs

201698.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa belle société se presse dans les salons de la baronne Dumont. Celle-ci, grande mélomane, s'apprête à donner l'un de ses mémorables récitals au profit des orphelins de la Grande Guerre. L'aristocrate se prend pour une soprano colorature, un don qu'elle cultive en privé. En attendant l'arrivée de son mari le baron Georges (André Marcon), sans qui elle ne saurait commencer, des musiciens sont chargés de faire patienter les invités. Le baron se fait attendre, il est vrai guère pressé d'assister à une humiliation de plus, car la particularité de Marguerite Dumont est qu'elle chante faux, mais vraiment, insupportablement faux. Ne le sait pas, sans doute n'a-t-elle pas d'oreille, contrairement à ses invités. La scène dans laquelle elle entonne l'air de "La flûte enchantée", trois enfants vont se cacher sous une table comme un clin d'oeil à l'"Amadeus" de Milos Forman. Pourtant son petit monde d'amis, d'admirateurs, assiste à ses récitals sans piper mot, un sourire un peu gêné au coin des lèvres. Hypocrisie d'une société de mondains qui préfèrent fermer la porte du fumoir où ces messieurs se sont repliés. Au jeune journaliste qui vient leur demander : "Elle a toujours chanté comme ça ?", l'un d'entre eux réplique : "Ah, non! Elle a beaucoup progressé". En dehors de ce fâcheux problème, Marguerite est une personne de très bonne compagnie, de surcroît généreuse, ce qui explique qu'il ne s'est trouvé personne pour lui dire la vérité. "L'argent n'a aucune importance, l'important c'est juste d'en avoir", dit-elle au ténor Atos Pezzini (Michel Fau) qu'elle engage comme coach, quand il lui prend l'envie de monter sur la scène de l'Opéra devant un vrai public dans son rôle fétiche de "La reine de la nuit". La faute à une petite bande de jeunes avant-gardistes, un peu anarchistes aussi, dont elle s'est entichée. Dès lors, c'est le branle-bas de combat dans son entourage pour la dissuader de mener à bout son projet fou. A son mari, le baron, qui l'engage à faire machine arrière, elle lance : "C'est ça ou devenir folle". C'est une folie, à l'image de Marguerite qui vit dans son château au milieu de ses partitions dédicacées, des costumes de scène qu'elle rachète à prix d'or, dans lesquels elle se fait photographier par son fidèle Madelbos (Denis Mpunga), une armoire de majordome un peu amoureux de cet avatar de grande folle, une de celles qu'il côtoie le soir venu dans quelque cave parisienne au son du jazz américain. "Marguerite" est l'histoire d'un couple vieillissant, qui peine à trouver un second souffle, elle dans le chant, lui dans les bras d'une plus jeune, mais tous deux restés sincèrement amoureux l'un de l'autre.
Pour ce rôle qui demande non seulement de la voix, mais du tempo, il fallait une originale, ce ne pouvait être que Catherine Frot, la dilettante de Pascal Thomas, l'apprenti espionne Prudence Beresford dans l'adaptation du même réalisateur des romans d'Agatha Christie, qui n'hésite pas à se transformer en vipère (Folcoche) ou en vieille maman rédemptrice ("Le vilain" d'Albert Dupontel). Elle est Marguerite des pieds aux cordes vocales, divinement, délicieusement, sublimement. Et même si ce n'est pas sa voix, chanter faux est un métier, elle en assure le play back à merveille.
La réalisation soignée est signée Xavier Giannoli qui aime bien les tandems atypiques (François Cluzet et Emmanuelle Devos dans "A l'origine" ou Cécile de France et Gérard Depardieu" dans "Quand j'étais chanteur"). "Marguerite" est son premier film d'époque et c'est pour le moins une réussite. Le cinéaste s'est inspiré de l'Américaine Florence Foster Jenkins dont il existe un enregistrement de l'air de la Reine de la nuit que devrait ressusciter Meryl Streep dans un film de Stephen Frears attendu début 2016.
Richard Pevny
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