10/06/2015

Comme un avion

213278.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa ligne est le plus court chemin d'un point à un autre. Oui, mais quel ennui! Bruno Padalydès, lui, préfère les sinuosités d'une rivière. La Ligne, c'est ainsi que ses pilotes appelaient l'aéropostale à ses débuts. Michel a depuis l'enfance la tête dans un cockpit d'avion, l'un de ces Latécoère dont on pouvait suivre l'ombre sur le sable du désert marocain, parfois juste le bruit de son moteur quand il était pris dans la brume qui s'élevait du canal du Midi entre Toulouse et la côte méditerranéenne. Les Mermoz, les Guillaumet, les Saint-Ex, il voudrait bien leur ressembler jusqu'à en porter le blouson, un genre de blouson d'aviateur pour enfourcher une moto que Michel pilote à la manière d'un commandant d'Air France. "T'as pas trop chaud dans ta veste Mermoz ?", s'étonne Rachel (Sandrine Kiberlain), sa compagne. Michel donne de l'importance à la check-list. Devant l'ordinateur sur lequel il développe des projets en 3D, Michel rêve de grands espaces. Rêver, un palindrome comme kayak. Quand succombe-t-il à la passion pour ce dernier ? Peut-être que son squelette de bois lui rappelle-t-il le fuselage d'un petit avion. Michel se prend des envies de raid, de record, des fois qu'il deviendrait le Lindbergh de l'eau, sur une rivière qui serpente en région parisienne au milieu de terres agricoles. Rachel restera au camp de base pour suivre la progression de son amoureux, encourager sa petite folie, participer à son rêve. Elle même doit profiter de ce temps libre pour suivre un stage de yoga. Michel a tout prévu question matos, sauf l'imprévu qui aime se glisser dans les aventures les mieux préparées. C'est une grande bâtisse, à quelques kilomètres du départ près de laquelle Michel a décidé de planter sa tente, une Quechua dont son manuel du Castor junior ne dit rien sur la manière de la plier, mais passons... Une sorte d'auberge du sixième bonheur tenue par une veuve, Laetitia (Agnès Jaoui), qui se demandera après coup comment a-t-elle pu attendre autant de temps sans sensualité, sans étreinte. Laetitia est enjouée, elle développe autour d'elle une belle énergie. Des amis, des enfants, des clients aussi, deux hurluberlus (Michel Vuillermoz et Jean-Noël Brouté) qui carburent à l'absynthe et refont le monde en bleu, et Mila (Vimala Pons), une jeune fille, solaire et mélancolique dont le visage ruisselle de pleurs les jours de pluie, tout cela compose un tableau impressionniste comme dans les peintures de messieurs Manet et Renoir. C'est une vie exquise, exemplaire de simplicité, de bonheur, au coeur d'une grande clairière, que des arbres protègent du regard hostile des envieux, loin du tohu-bohu de la ville, avec juste en fond sonore un vieux transistor branché sur France Culture que d'ailleurs personne n'écoute. Michel n'a plus envie de repartir, et quand il essaie, il se trompe d'embranchement et se retrouve dans le fossé qui borde un centre commercial. Pourquoi quitter un paradis que l'on a mis des années à trouver, sans d'ailleurs vraiment le chercher. Un paradis perdu de l'enfance, ce temps des troubles émotionnels et des blessures, comme le souvenir d'Yvonne de Galais qui nous hante toujours après des années de lecture. L'absynthe aidant, Michel s'arrache enfin à l'attraction de la terre, c'est son vol de nuit, le livre de Saint-Exupéry qu'il a emporté. Bruno Podalydès ("Adieu Berthe", "Dieu seul me voit") est le cinéaste de sa propre enfance. Il met en scène ses rêves, et réveille les nôtres. Il convoque Bashung, Moustaki et quelques autres, rajoute le son d'un ukulélé (à rajouter à la check-list de Michel), dénude avec grâce le corps d'Agnès Jaoui, telle une mama boticellienne, plante au pied de cannes à pêche un type qui vitupère contre ce "kayakiste à la con", un type ressemblant vaguement à Pierre Arditi. Comme un avion" est un film qui fait du bien, un film en quelque sorte thérapeutique, un merveilleux placébo pour guérir les maux de la vie. Une bienfaisante piqûre de rappel pour repartir d'un bon pied sur la terre des hommes. Richard Pevny211715.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

12/03/2015

The voices

400701.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg La réalisatrice Marjane Satrapi, auteur de "Persépolis" film d'animation en noir et blanc qu'elle avait auparavant dessiné et qui lui valut le Prix du jury au Festival de Cannes 2007, fait une brève incursion dans le film de genre, entre l'univers aseptisé de Barbara Cartland et une parodie de "Massacre à la tronçonneuse. C'est dire que "The voices", titre qui n'a rien à entendre avec l'émission de télé-réalité éponyme, se regarde au second - et plus si affinité - degré. Jerry (Ryan Reynolds), une bonne tête de gendre américain idéal, a des tendances à la schizophrénie. Il a un lourd passé qui lui a valu un long enfermement. Jerry travaille à Milton comme manutentionnaire dans une usine de fabrication de baignoires. Jerry prend ses médocs, donc tout va bien. Enfin, presque... Jerry a un chat et un chien et leur parle, ce que font la majorité des bipèdes qui vivent seuls - ou pas - avec des animaux. Il arrive à Jerry d'oublier de prendre ses pilules et d'entendre des voix. Les voix de Monsieur Moustache, son chat, et de Bosco, son chien, une brave bête; j'en dirai pas autant du matou. Jerry a de véritables conversations avec eux. Rien d'inexplicable, tout se passe dans la tête malade de Jerry. Jerry en pince pour Fiona (Gemma Arterton), l'une des filles de la comptabilité. Un soir, Jerry sort avec Fiona, mais au retour, la voiture de Jerry percute un gros animal et dès lors tout part en vrille. Jerry doit achever Fiona qui a été blessé dans l'accident. Il la ramène chez lui, la découpe à la scie et en distribue les morceaux dans des Tuperware, transformant son logis en cabinet de curiosités. En conservant la tête de Fiona, Jerry s'est fait une amie à qui parler. Et que lui dit Fiona, eh bien qu'elle se sent seule dans le frigo, qu'elle aimerait bien avoir à ses côtés Lisa (Anna Kendrick) une autre fille de la compta. Qu'à cela ne tienne, Jerry va s'occuper de Lisa, et puis aussi de la psy à qui il a avoué qu'il ne prenait pas ses pilules... Un serial killer trouble la petite localité de Milton qui voyait jusque-là la vie en rose. Jerry qui durant une bonne heure quarante a épousé le point de vue de Monsieur Moustache (le Mal), écoute in fine la voix de sa conscience, Bosco (le Bien). Tout est bien qui finit bien. Une gentille série B au générique de fin rock'n'roll. Excellente interprétation de Ryan Reynolds dans la double personnalité de Jerry et qui assume également les voix du chat et du chien.
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04/03/2015

Tokyo fiancée : Amélie Nothomb expérience

297471.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgAmélie est une jeune européenne, née de parents belges au Japon où 'elle n'a vécu que les premiers mois de sa naissance. Depuis, elle ne rêve que d'y retourner pour vivre pleinement une existence de japonaise. A Tokyo, Amélie décide de donner des cours de français. Elle rencontre Rinri, un jeune Japonais qui devient son unique élève, et bientôt son amant. Ce film de Stefan Liberski est adapté d'un roman d'Amélie Nothom ("Ni d'Eve ni d'Adam"), star de l'écriture dont deux livres ont été portés à l'écran : "Hygiène de l'assassin" et "Stupeur et tremblements", ce dernier réalisé par Alain Corneau.
A l'image de l'écriture fluide de son auteur, "Tokyo fiancée" est un joli film, sympathique, chaleureux et surtout souriant, une rencontre avec un Japon dans toute sa diversité, champion du modernisme et contemplateur d'une nature préservée, source d'éblouissement et de renaissance. C'est aussi la rencontre de deux cultures, la spontanéité envahissante d'Amélie confrontée à la retenue de Rinri se confondant pour un rien en excuses. Quand chacun des deux amants doit exprimer ses aspirations, Rinri lâche : "Je souhaite que ma mort dérange le moins possible".
Ce film délicieusement réjouissant, à la mise en scène délicate, nous délivre quelques instants de grâce portés par sa principale interprète, Pauline Etienne, actrice belge, nommée par deux fois pour le César du meilleur jeune espoir", qui avait endossé le rôle de "La religieuse" dans le remake réalisé par Guillaume Nicloux. pour donner un peu plus de corps à son récit et lui ajouter un zeste de gravité, Stefan Liberski a transposé l'histoire en 2011 au moment du tsunami et de l'accident de la centrale de Fukushima. Une belle réussite.

09:22 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)